Monthly Archives: November 2018

CFP: Prolongation AAC Colloque Vivre et faire vivre le Moyen Age

Prolongation jusqu’au 10 décembre 2018

Appel à communications

Vivre et faire vivre le Moyen Âge

Colloque international et pluridisciplinaire

Carcassonne, 19-20-21 juin 2019

Depuis son invention par les humanistes du XVème siècle, le Moyen Âge habite l’imaginaire occidental et se pare, en fonction des préoccupations propres à chaque période, d’attraits ou de travers variables. Synonyme d’obscurantisme et de barbarie au temps de la Renaissance et des Lumières, il excite les imaginations romantiques qui l’associent à l’enfance de la civilisation[1]. Sous la Troisième République, alors que les tenants de l’ordre politique et religieux d’Ancien Régime le célèbrent en tant qu’âge d’or de la monarchie et de la chrétienté, les chantres de la laïcité et de la démocratie l’exècrent, érigeant en repoussoir le fanatisme et la tyrannie qu’il incarne à leurs yeux. Tous néanmoins s’accordent pour en faire un chapitre essentiel de notre roman national, y compris les plus sévères à son égard qui entrevoient dans ces âges sombres les signes avant-coureurs et salutaires de la modernité républicaine, tel le mouvement communal. S’y recrutent ainsi nombre de héros consensuels, telle Jeanne d’Arc, élevée au rang d’emblème de l’identité française[2]. D’une instrumentalisation l’autre, plus ou moins dans le même temps, minorités et autonomistes produisent d’autres médiévalismes, comme inverses, pour refuser le caractère univoque du récit national et le mythe du progrès[3]. À l’heure de la globalisation et de son corollaire, la crise du sentiment d’appartenance nationale, la portée politique de ce recours au passé médiéval, loin de s’affaiblir, s’actualise[4]. Occupée à écrire son roman continental, l’Union européenne en quête de racines excipe de Charlemagne comme des chemins de Saint-Jacques de Compostelle, pour (se) convaincre de son unité millénaire. D’une échelle l’autre, le Moyen Âge est par ailleurs appelé au secours de la guerre civilisationnelle que se livrent l’Occident et les mouvements islamistes, tous les belligérants quel que soit leur camp nourrissant leur rhétorique médiatique, les uns de « croisades » à conduire en même temps que d’un « retour au Moyen Âge » à conjurer, les autres de « croisés » à combattre.

Cela étant, aujourd’hui sans doute plus qu’hier, l’on se méprendrait à aborder l’invocation du passé médiéval sous le seul angle de ses incidences politiques ou géopolitiques. Le suggère en tous cas l’extension du spectre de ses usages, dans les domaines du jeu[5], de la fête[6], de l’offre touristique[7], etc. (qui n’exclut pas, bien au contraire, la régénération de ses « réceptions » en littérature, au cinéma, au théâtre, en architecture, ou encore dans les arts plastiques) aussi bien que la diversité des enjeux qui leurs sont associés (localistes, sociaux, culturels, économiques, etc.). Les nouvelles manières de « faire sens » que ces évolutions signalent à notre attention vont à l’évidence de pair avec l’avènement d’une autre image du Moyen Âge. Les connotations négatives qui lui sont depuis si longtemps attachées malgré les mérites qu’on a pu concomitamment lui reconnaître, tendent à s’estomper jusqu’à conduire au constat d’une « métamorphose »[8]. Selon Christian Amalvi, celle-ci trouve l’une de ses raisons d’être dans le détachement des doctrines et des traditions confessionnelles instituées, et, conséquemment, dans le moindre écho que rencontre aujourd’hui le combat pour la laïcité. Si, de fait, l’affaiblissement de ce débat profite au Moyen Âge que d’aucuns associaient volontiers à l’intolérance et à l’enrégimentement religieux, il n’explique pas seul ce revirement. Y contribuent par ailleurs, nous dit l’historien, le regard porté par les historiens contemporains, nettement moins disqualifiant que par le passé, et les efforts de vulgarisation dont ont bénéficié leurs travaux auprès du grand public. Mais l’assomption du Moyen Âge doit aussi beaucoup aux nouvelles conceptions du Temps et de l’Histoire apparues avec la fin des utopies totalitaires. Les crises ne sont plus tant regardées comme des ruptures, préludes aux tables rases du passé, que perçues comme des « dénouements »[9], ponctuant une marche du temps complexe, tournée non seulement vers le passé mais aussi vers le futur. Forçant quelque peu le trait en soutenant que « le passé est devenu notre utopie », Christian Amalvi donne la mesure de ce renversement qui participe de la faveur actuelle que rencontre le Moyen Âge.

Cet engouement revêt des formes dont le déploiement, loin des « centres de savanterie professionnelle », et donc affranchi de « l’influence de la science professionnelle »[10], inspire méfiance aux médiévistes, lesquels regardent « cette représentation imaginaire privée et subjective des mondes passés, une représentation que l’on pourrait appeler médiévalisante, comme naïve et immédiate »[11].  Abandonnant l’historien à « son érudition et [à] sa hauteur de vue »[12], on le laissera juger de cet « historicisme populaire »[13] et de sa plus ou moins grande conformité à l’historicisme scientifique dont lui-même se revendique, ainsi que du passé qui en procède, selon lui « anhistorique »[14] ou « non-historique »[15], « fantasmé ou folklorique »[16].  Car l’on peut tout aussi bien appréhender le passé ainsi produit pour ce qu’il est, en l’occurrence « une esthétique, une atmosphère »[17], « un passé purement aspectuel, poétique ou dramatique »[18]. Adoptant cette perspective, Gil Bartholeyns montre que le cinéma, à l’instar de la littérature, se préoccupe moins de faire œuvre d’historien que d’user du « caractère exogène des situations pour exprimer une vérité humaine qui transcende précisément l’histoire »[19]. Parallèlement, cet historien des cultures visuelles se penche sur les jeux de rôles grandeur nature et, convaincu de l’inanité de toute interprétation du phénomène en termes d’ « actualisation historique », il propose de considérer le Moyen Âge comme « un opérateur ludique », doté d’ « une fonction créatrice »[20]. Fort du constat que le Moyen Âge « est un moyen et non une fin »[21], il identifie « une troisième espèce vivante du passé »[22], distincte de l’histoire et de la mémoire, nous invitant dans la foulée à « entreprendre une anthropologie des pratiques du passé »[23].

Dans la même perspective, les sciences de l’information et de la communication (SIC) ont ouvert, depuis une dizaine d’années, un champ de recherche sur les médiévalismes et leurs circulations dans l’espace public aujourd’hui. Parmi les premiers, Gérard Chandès, a envisagé ces questions de manière théorique en proposant en 2007 un modèle sémio-pragmatique d’information et de communication appliqué aux représentations du Moyen Age.[24] Les résurgences néo médiévales ou transmédiévales, sont une réalité contemporaine indéniable que d’autres chercheurs en SIC ont cherché à mettre au jour. Ces travaux sur la symbolique médiévale et la prégnance contemporaine de la « sémiosphère transmédiévale » dessinent peu à peu les modalités et les finalités des relations que la modernité (c’est-à-dire nous) entretient avec le Moyen Âge (c’est à dire une altérité) à travers une kyrielle de documents d’objets ou de dispositifs médiateurs. Cette étude des discours à thématiques médiévales dans la culture contemporaine s’appuie sur les traces symboliques et matérielles du Moyen Age et ce qu’en disent différents protagonistes. Ce faisant ils observent les représentations et re-sémantisations du Moyen Age dans les documents, les événements et les manifestations à sujets médiévalisants d’aujourd’hui. Les thématiques de l’historiographie médiévale, la chevalerie, la féodalité, la foi, l’héroïsme, etc. sont réutilisés et chargés de sens nouveaux. Les processus de communication et les objets hétérogènes ainsi mis au jour sont observés dans leurs « croisements symboliques ». Les phénomènes communicationnels aussi divers que la publicité[25], la musique ou le théâtre[26], les reconstitutions médiévales[27], la communication institutionnelle transmédiatique[28] constituent un corpus dont il convient de déceler les enjeux et les contours tout en montrant comment naissent et circulent les stéréotypes néomédiévaux ou se crée une typologie des discours transmédiévaux déterminant « les signes élémentaires de ce qui peut être perçu comme “médiéval” hors du champ de l’érudition »[29]. Des formes manifestes de Moyen Age circulent dans l’espace public de la culture et du patrimoine. Ces formes figuratives simples comme le cercle, le créneau ou la croix « ne sont pas seulement un véhicule (de l’identité médiévale), mais aussi un pilote (du discours néo médiéval) autrement dit elles ne servent pas seulement à dupliquer le discours médiéval, mais plus encore à le répliquer »[30] .

Marchant dans les pas de ses chercheurs en anthropologie, en sociologie ou en sciences de l’information et de la communication, nous aurons en premier lieu soin d’apporter au tableau des médiévalismes contemporains les nuances qui s’imposent. Ainsi nous semble devoir être corrigée l’impression d’un grand partage entre historicismes, savant et populaire. Sans contester la pertinence de ces polarités ainsi que leur utilité heuristique, nous prendrons acte de l’absence de solution de continuité et, partant, d’une réalité plus feuilletée dont témoignent un certain nombre d’enquêtes récentes[31]. En effet, la reconstitution historique, et plus largement l’histoire vivante, mêlent plus ou moins les genres. Tout en sachant bien faire le départ entre « reconstitution » et « évocation », entre savoir scientifique et culture populaire, et jouer de ces distinctions pour se démarquer les uns des autres, les praticiens du Moyen Âge concernés allient, dans des proportions variables, travail de recherche et simple quête de vraisemblance, reproduction à l’identique et approximations, histoire événementielle et histoire de la vie quotidienne, intervention au sein de l’institution patrimoniale (musée, monument, etc.) et prestation pour l’industrie touristique, dialogue avec les publics et goût de l’entre-soi, déconstruction des représentations et reconduction des stéréotypes, didactisme et divertissement, incitation à la participation et invitation à une consommation passive, etc. Or c’est précisément ces situations d’« entre-deux » que nous nous proposons d’explorer plus avant à l’occasion de ce colloque, sans perdre de vue le continuum dans lequel elles s’inscrivent, de l’expérimentation archéologique la plus soucieuse d’exactitude scientifique aux med fan games livrés aux imaginations les plus débridées.

Car dans leur diversité et complexité, toutes ces manières de ressusciter le Moyen Âge ne sont pas sans évoquer les tensions, sinon les contradictions, observables au cœur de notre présent du patrimoine. Qu’est-ce à dire ? Analysant, dans une perspective historique et anthropologique, les rapports des sociétés occidentales à la pérennité, Daniel Fabre a bien mis en évidence le fait que l’avènement relativement récent du « patrimoine »[32], après celui du « monument » au XIXème siècle, n’a pas entraîné la substitution du premier (chronologiquement parlant) par le second, mais a plutôt donné lieu à un phénomène de superposition, dans un rapport qui est moins d’élimination que de réemploi[33]. De fait, coexistent les logiques quelque peu antinomiques dont procèdent les deux « dispositifs » (au sens foucaldien du terme) : entre autres, l’extension des limites du patrimonialisable jusqu’aux limites de l’immatériel, l’affirmation du droit des « communautés » à patrimonialiser ou encore la prééminence accordée à l’expérience dans l’appropriation et la jouissance des biens patrimonialisés constituent quelques-unes des tendances propres à contredire le principe de l’onction monumentale, quant à elle prérogative de l’État et réservée aux seuls emblèmes d’une histoire nationale, laquelle ne se transmet bien que par le truchement du récit. Les médiations, situées au mitan de la chaîne patrimoniale et formant de fait ce nœud où se rencontrent, s’entremêlent, voire se fertilisent les représentations portées par les experts et les publics, donnent tout particulièrement bien à voir ce présent contrasté. Du reste, plus qu’elles n’en forment l’observatoire idéal, elles en semblent le symptôme, ne serait-ce qu’en tant que « démarche vers (de) l’autre »[34] propre à concilier les impératifs de démocratisation et de démocratie culturelles, respectivement assignables à l’un et l’autre paradigmes[35]. Pour en revenir aux médiévalismes qui nous occupent, nul doute, au regard de ce que les premières études en ont révélé, qu’ils sont au diapason de notre passé présent et des médiations qui lui sont consubstantielles. Voire en donnent-ils le la.

L’objet de ce colloque, « Vivre et faire vivre le Moyen Âge », qui pour faire droit aux médiévalismes contemporains, s’intéressera à leurs différentes expressions, aux acteurs qui s’en revendiquent, aux enjeux qui les sous-tendent, tentera de cerner cet archétypisme dont nous faisons ici l’hypothèse. Mais plutôt que de viser l’inventaire exhaustif des pratiques, des praticiens et des intentions, il nous paraît plus pertinent d’encourager, dans le  sillage des  heritage studies, et ce à partir d’enquêtes situées, des angles d’approche encore peu usités, tels la place faite aux femmes, le rôle assignés aux enfants, la mise en œuvre et l’usage des dispositifs participatifs, ou encore la manière dont ces Moyen Âge ressuscités animent les traces (artefacts, monuments, archives, etc.) et agissent sur leur représentation. La diversité de ces entrées, adossée à la perspective résolument pluridisciplinaire et comparatiste qui présidera à cette rencontre, permettra de multiplier et de croiser les points de vue de manière à mieux appréhender ces médiévalismes et à mieux comprendre la manière dont ils s’inscrivent, tout en saillance, dans notre modernité patrimoniale.

Comité scientifique

–       Christian Amalvi, PR en Histoire contemporaine, Université Paul Valéry, Montpellier, CRISES

–       Tiphaine Barthélémy de Saizieu, PR en anthropologie et sociologie, Université de Picardie – Jules-Verne, CURAPP-ESS

–       Laure Barthet, Conservateur du Musée Saint-Raymond, Toulouse

–       Gérard Chandès, PR en SIC, Université de Limoges, CeReS

–       Patrick Fraysse, MCF HDR en SIC Université Paul Sabatier Toulouse 3, LERASS

–       Manon Istasse, ethnologue, chargée de recherches FNRS, LAMC, Université libre de Bruxelles

–       Daniel Jaquet, Université de Berne, Institut d’Histoire et Musée militaire, Château de Morges et ses musées

–       Laurent Macé, PR Histoire, Université Toulouse Jean Jaurès, FRAMESPA – Terrae.

–       Gérard Régimbeau, PR en SIC, Université Montpellier 3 Paul Valéry, LERASS-CERIC

–       Sylvie Sagnes, ethnologue, CR CNRS, IIAC – Equipe Lahic, présidente de l’Ethnopôle GARAE

–       Claudie Voisenat, ethnologue, chargée de mission pour la recherche, ministère de la Culture, mise à disposition du CNRS, IIAC – Équipe Lahic

 

Note aux candidats

Les propositions de communication devront être adressées au plus tard le 10 décembre 2018 à l’adresse suivante : colloque.medievalisme@gmail.com

Elles devront répondre aux normes suivantes :

–       Nom, prénom du ou des auteurs

–       Statut(s) et institution(s) de rattachement

–       Adresse(s) de messagerie

–       Titre de la communication proposée

–       Résumé de la proposition, de 2 000 signes maximum

Les propositions reçues seront évaluées de façon anonyme par le comité scientifique. Les réponses seront rendues dans le courant de la deuxième quinzaine de janvier 2019.

Les propositions retenues devront donner lieu à un texte le plus abouti possible à la veille du colloque, de façon à pouvoir être communiquées aux modérateurs. Ces premières versions devront être transmises au plus tard le 1er juin 2019. Dans l’optique d’une publication collective, les versions définitives seront attendues pour le 20 septembre 2019.

[1] Durand-Le Guern Isabelle, Le Moyen Âge des romantiques, PUR, Rennes, 2001 ; G. Keller Barbara, 1994, The Middle Ages Reconsidered: Attitudes in France from the Eighteenth Century through the Romantic Movement, New York, Peter Lang.

[2] Amalvi Christian, Le Goût du MoyenÂge, Plon, Paris, 1996.

[3] Voir par exemple : Soula René, Les Cathares entre légende et histoire. La mémoire de l’albigéisme du XIXème siècle à nos jours, Institut d’Études Occitanes, Toulouse, 2005 ;Karine-Larissa Basset, Le légendaire sarrasin en France. Configurations et histoire d’un contre-récit national, Grenoble, Centre alpin et rhodanien d’ethnologie, 2006.

[4] Carpegna Falconieri Tommaso di, Médiéval et militant. Penser le contemporain à travers le Moyen Âge, (traduit de l’italien par Michèle Grévin)Publications de la Sorbonne, Paris, 2015.

[5] Eidôlon, « Le Moyen Âge en Jeu », n°86, 2009.

[6] Histoire et Images médiévales, « Ils font revivre le Moyen Âge », n°24, 2011.

[7] ESPACES tourisme et loisirs, « L’imaginaire du Moyen Âge, facteur d’attractivité touristique », n° 312, 2013.

[8] Amalvi Christian, « Du Moyen-Âge barbare au Moyen-Âge matrice de la modernité : histoire d’une métamorphose historiographique. Du romantisme à l’histoire des mentalités 1830-2015 », Perspectives médiévales. Revue d’épistémologie des langues et littératures du Moyen Âge, 37, 2016 [en ligne] https://journals.openedition.org/peme/9550

[9] Ruffel Olivier, Le dénouement, Lagrasse, Verdier, 2005.

[10] Rider Jeff, « L’utilité du Moyen Âge », Itinéraires LTC, 3, 2010 : 40.

[11] Ibid. : 41.

[12] Bartholeyns Gil, « Loin de l’Histoire », Le Débat, Vol 5, n° 177, 2013 : 118.

[13] Ridder, op. cit. : 42.

[14] Ibid. : 41.

[15] Bartholeyns, op. cit. : 117.

[16] Ibid. : 118.

[17] Ibid. : 117.

[18] Ibid. : 117.

[19] Bartholeyns Gil, « Le passé sans l’histoire. Vers une anthropologie culturelle du temps », Itinéraires LTC, 3, 2010 : 53.

[20] Ibid. : 58.

[21] Bartholeyns Gil et Bonvoisin Daniel, « Le Moyen Âge sinon rien. Statut et usage du passé dans le jeu de rôles grandeur nature », in Élodie Burle-Errecade et Valérie Naudet (dir.), Fantasmagories du Moyen Âge. Entre médiéval et moyenâgeux, Aix-Marseille, Presses universitaires de Provence, 2014 : 54.

[22] Bartholeyns, 2013, op. cit. : 118.

[23] Bartholeyns, Bonvoisin, op. cit. : 55.

[24] Chandès Gérard, SEMIO/SPHERE/TRANS/MEDIEVALEUn modèle sémiopragmatique d’information et de communication appliqué aux représentations du moyen âge, Université de Limoges – Centre d’Etudes et de Recherches Sémiotiques Édition entièrement revue, mise à jour et augmentée de l’étude originale rédigée en 2004-2005 pour un dossier d’Habilitation à Diriger la Recherche (Université de Poitiers, 2006), 2007, [en ligne] http://epublications.unilim.fr/revues/as/pdf/4783

[25] Bocquet Martine, Communication des entreprises et des institutions : Un regard médiéval, Paris, L’Harmattan, 2015.

[26] Deramond Julie,  « Les cantiques sur Jeanne d’Arc, ou quand l’Église fait sa publicité (1870-1920) », Le Temps des Médias, n°17, 2011 : 21 -29.

[27] Paris Emmanuel, « Fêter le Moyen Âge en l’absence de ces vestiges », Espaces, n°312, 2013 : 102-112 ; ou Fraysse Patrick, « Images du Moyen-Age dans la ville : l’inscription spatiale de médiévalité », Communication et langages, n°171, 2012 : 3-18.

[28] Bideran Jessica De, Bourdaa Mélanie, Argod Pascale, Bernard Katy, « Les voies d’Aliénor ou la construction d’un médiévalisme transmédiatique », dans revue ¿ Interrogations ?, n° 26, Le médiévalisme. Images et représentations du Moyen Âge, 2018, [en ligne], http://www.revue-interrogations.org/Les-voies-d-Alienor-ou-la

[29] Chandès Gérard, « Réplicateurs visuels et sonores du monde néo médiéval », in Vincent Ferré (dir.), Médiévalisme, modernité du Moyen Âge, Paris, L’Harmattan, 2010 : 396.

[30] Ibid. : 168.

[31] Tuaillon Demésy Audrey, La re-création du passé : enjeux identitaires et mémoriels, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2013 ; « Mémoire, histoire et patrimoine. Une illustration : la pratique de l’histoire vivante médiévale », Émulations, n°11, 2013 : 2-8 ; « L’histoire vivante médiévale. Pour une ethnographie du “passé contemporain” », Ethnologie française, Vol 44, n°4, 2014 : 725-736 ; « La cuisine des reconstitutions historiques : réinventer l’alimentation du passé », Anthropologie et Sociétés, 42(1), 2018 : 289–309 ; Fraysse Patrick, « Les mises en scène du Moyen Âge dans les fêtes populaires médiévales », Communication & langages, n°191, 2017 : 29-50 ; Fraysse Patrick, Barthet Laure, « Muret 2013, reconstitution d’une bataille médiévale méridionale oubliée », ¿Interrogations ?, n° 26, Le médiévalisme. Images et représentations du Moyen Âge, 2018 [En ligne] http://www.revue-interrogations.org/Muret-2013-reconstitution-d-une

[32] Voisenat Claudie, « Le tournant patrimonial », in Claudie Voisenat & Christian Hottin (dir.), Le Tournant patrimonial. Mutations contemporaines des métiers du patrimoine, Paris, MSH, 2016 : 17-41.

[33] Fabre Daniel, « L’ordinaire, le familier, l’intime, loin du monument », in Claudie Voisenat & Christian Hottin (dir.), Le Tournant patrimonial. Mutations contemporaines des métiers du patrimoine, Paris, MSH/MC, 2016 : p. 43-58.

[34] Caillet Élisabeth, « L’ambiguïté de la médiation culturelle : entre savoir et présence », Publics et Musées, n° 6, 1994 : 60.

[35] Sagnes Sylvie, « Au miroir de la médiation : le présent du patrimoine », Le patrimoine comme expérience.
Implications anthropologiques,
 (sous la direction de Jean-Louis Tornatore), MSH, Paris, à paraître.

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Job: Offre de stage de Master 2 Patrimoine / Tourisme / Alpes

Offre de stage en direction des Master 2 recherche ou pro

Formation en géographie / anthropologie / tourisme

Titre du stage 

Analyse des enjeux de valorisation des sites d’art rupestre dans les Alpes-Savoie : recensement des sites et des dispositifs de valorisation, analyse des jeux d’acteurs et des pratiques touristiques

Date

Du 15 mars au 15 septembre 2019

Lieu et encadrement du stage

Lieu d’accueil et de réalisation du stage : Edytem – Conservation départementale des patrimoines de la Savoie, Chambéry

Portage financier : UGA

Encadrement : Clément Mani, archéologue, conservation départementale ;  Mélanie Duval, CR CNRS ; Christophe Gauchon, PR USMB

Modalités

35h hebdomadaire ;

Gratification de base + défraiement des frais de déplacement selon la puissance fiscale du véhicule + frais repas et nuitées si nécessaire

Permis B indispensable – voiture personnelle

Contexte

Dans le cadre du projet de recherche « Patrimalp » portant sur une analyse pluridisciplinaire des patrimoines alpins, un volet est dédié aux sites d’art rupestre avec plusieurs actions croisées associant les sciences des matériaux et les sciences humaines et sociales.

De manière plus spécifique, une action de recherche est ciblée sur les enjeux de patrimonialisation et de mise en tourisme des sites d’art rupestre savoyards. Connus depuis plusieurs siècles, les sites d’art rupestre savoyards, que ce soit des peintures ou des gravures, sont essentiellement localisés dans la vallée de la Maurienne / Haute-Maurienne. Paradoxalement, alors qu’ils sont documentés sur le plan scientifique, ils sont peu activés en tant que ressource patrimoniale et touristique. L’objectif de ce stage est d’expliciter les raisons de ce décalage et d’analyser dans quelle mesure les sites d’art rupestre savoyard sont perçus (ou non) comme des ressources patrimoniales et touristiques par les différents acteurs en présence, et d’identifier les premiers facteurs explicatifs au décalage constaté.

Co-encadré par Edytem et la Conservation départementale des Patrimoines, le stagiaire sera accueilli dans les locaux de la Conservation, ce qui lui assurera un accès aux données départementales. Des temps d’échange réguliers seront également organisés avec les chercheurs d’Edytem impliqués dans le projet.

Le stage s’organise autour de trois volets conjoints :

Volet 1 : état de lieux

–          Etat des lieux de la documentation disponible (BD, SIG, projets antérieurs…) et cartographie des sites d’art rupestre savoyard

–          Recensement et analyse des dispositifs de valorisation existants : panneau, circuit, audio-guide… Quelle structure est en charge de ce dispositif de valorisation ? Quelle est le niveau de fréquentation touristique ? Quels en sont les contenus ?

–          Place des sites d’art rupestre dans les documents de promotion touristique de la Savoie (des premiers guides touristiques à aujourd’hui)

Volet 2 : Entretiens avec les acteurs du territoire impliqués dans les enjeux patrimoniaux et touristiques des sites d’art rupestre de Savoie : quels enjeux ? quels projets ? quelles limites et freins à ces dynamiques patrimoniales et touristiques ?

= Réalisation des entretiens, transcriptions et analyse

Volet 3 : Enquête auprès des touristes en Maurienne et Haute-Maurienne pendant l’été 2019 sur les principaux lieux de valorisation : pratiques touristiques, place des sites d’art rupestre dans leurs motivations à venir visiter des sites d’art rupestre, perceptions des sites d’art rupestre)

= réalisation d’une enquête couplant les approches quantitatives et qualitatives, analyse des données

Méthodes mobilisées

Travail sur des documents d’archives, de gestion, de promotion touristique

Observation directe / participante ; tenue d’un carnet de terrain

Conduite d’entretiens semi-directifs, grille d’entretien à définir et à valider avec les encadrants

Enquête auprès des populations touristiques, croisant les approches quanti et quali (protocole à définir avec Mélanie Duval)

Compétences requises 

Fort intérêt pour les questions de patrimonialisation, mise en tourisme, jeux d’acteurs

Une expérience dans la conduite d’entretiens semi-directifs de recherche serait un plus

Travail en autonomie, bonne capacité de problématisation, traitement de données via Sphinx et si possible Sonal, compétences en cartographie souhaitées

Matériel mis à disposition par le laboratoire Edytem

Enregistreur

Poste de travail et logiciels dédiés à partager suivant les autres besoins des utilisateurs de la plateforme Enquête

Envoi de la candidature (CV et lettre de motivation) à Mélanie Duval melanie.duval@univ-smb.fr

Date limite : 10/12/2018

Publication: Le tourisme dans les Amériques, n°12 de la revue IDeAs (Institut des Amériques)

12 | Automne / Hiver 2018

Le tourisme dans les Amériques

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Worshop: Journées Patrimoine écrit 2018 : “De la participation à la mutualisation, quelle(s) coopération(s) aujourd’hui ?”, Valence, 11-12 décembre 2018

L’édition 2018 des Journées Patrimoine écrit, intitulée “De la participation à la mutualisation, quelle(s) coopération(s) aujourd’hui?”, se tiendra à Valence les mardi 11 et mercredi 12 décembre 2018.

Programme détaillé et modalités d’inscription (obligatoire) :
http://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Livre-et-Lecture/Patrimoine-des-bibliotheques/Actualites/Journees-Patrimoine-ecrit-2018-Programme-et-inscriptions

Entrée libre sur inscription

ob: Ouverture du poste de chargé de mission pour l’histoire de l’art à l’Académie de France à Rome

Ouverture du poste de chargé de mission pour l’histoire de l’art à l’Académie de France à Rome
Placé sous l’autorité du directeur de l’Académie de France à Rome (AFR), le titulaire de l’emploi exerce les fonctions de chargé(e) de mission responsable de la section d’histoire de l’art prévues à l’article 8 du décret n°71-1140 du 21 décembre 1971 pour une durée de trois ans, renouvelable une fois.
Membre de l’équipe de direction, il/elle conseille le directeur de l’établissement sur toutes questions relevant de son domaine d’expertise. Il/elle participe à la définition et à la mise en œuvre du projet stratégique de l’établissement, il/elle contribue à l’élaboration et au suivi du
contrat d’objectifs et de performance et à la rédaction du rapport annuel d’activité.
Modalités de candidature
Candidature (lettre + CV) à envoyer par courriel, au plus tard le 31 décembre 2018 minuit, en
précisant dans l’objet du message l’intitulé du poste concerné et le numéro BIEP de la fiche de
poste, à M. Stéphane Gaillard, secrétaire général de l’Académie de France à Rome, stephane.gaillard@villamedici.it ; copie à : Roberta Cafasso, secrétaire de la direction, roberta.cafasso@villamedici.it
 
Lien BIEP:

CFP: PROLONGATION-Culture et Musées – Appel à proposition-L’émotion dans les expositions- Culture et musée

Appel à proposition d’articles

PROLONGATION

L’émotion dans les expositions

Sous la direction de Gaëlle CRENN (Université de Lorraine)

et Jean-Christophe VILATTE (Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse)

Si la recherche sur les musées, les mémoriaux et les sites patrimoniaux s’est longtemps attachée à la compréhension des phénomènes cognitifs et à la transmission des contenus, on observe aujourd’hui un tournant vers des recherches qui, étudiant au premier chef la place des émotions dans l’expérience des visiteurs, se consacrent aux aspects « non-représentationnels » ou non-discursifs (Tolia-Kelly, Waterton et Watson, 2017) de cette expérience.

Issues de disciplines diverses (études muséales, études du patrimoine, psychologie, sociologie, géographie, neuroscience, marketing, …), ces recherches entreprennent une révision critique des approches foucaldiennes, marquées par une focalisation sur les luttes de savoirs et de pouvoirs, considérées essentiellement comme des processus cognitifs rationnels (Munroe, 2017 ; Savenije et de Bruijn, 2017). Dans une perspective centrée sur la pratique des visiteurs (Ballantyne et Uzzell, 2011), la place des motivations et des attentes des visiteurs à l’égard des institutions muséales et patrimoniales est repensée en tenant compte des désirs de divertissement, de découverte, voire d’évasion. L’événementialisation et la spectacularisation des institutions culturelles s’accompagnent d’une demande d’intensification de l’expérience vécue, expérience subjective et intersubjective, engageant à la fois cognitivement, émotionnellement et corporellement le visiteur. Malgré ces recherches, la manière dont les émotions s’intègrent à notre compréhension de ces institutions culturelles est encore loin d’être élucidée. L’un des problèmes auxquels sont confrontés les chercheurs est de s’entendre sur ce que sont les émotions. Autour de cette notion, le lexique utilisé est complexe, parfois indéfini, parfois trop défini de manières différentes selon les disciplines et les courants. Dans cette diversité se côtoient émotion, sentiment, humeur, affect, passion, éprouvé, ressenti, etc. : les termes sont polysémiques. Les auteurs s’accordent toutefois sur l’idée que l’émotion est un phénomène adaptatif pluriel (Nugier, 2009), faisant intervenir des aspects physiologiques, moteurs et cognitifs (Scherer, 2005).

Usages des stratégies affectives

Ces stratégies non-représentationnelles « sont souvent sollicitées, consciemment ou non, pour stimuler une réponse émotionnelle qui sert à renforcer l’empathie et/ou un engagement moral avec les événements historiques et les acteurs dont l’exposition fait le portrait » (Savenije et de Bruijn, 2017 : 832). Sont en premier chef concernées les institutions consacrées à des histoires difficiles : musées de guerre (Pomian, 2013); mémoriaux consacrés aux génocides, à l’esclavage, dont une des fonctions est de susciter l’émotion pour les personnes ou les collectifs que l’on honore ; sites patrimoniaux, enfin, où, selon les méthodes d’interprétation bien connues de Freeman Tilden, on favorise l’engagement du corps avec l’environnement afin de stimuler la curiosité et de rendre l’expérience plus mémorable.

Si dans les musées d’art l’émotion esthétique du visiteur est l’une des fins de la visite, l’émotion devient ici un moyen pour atteindre des objectifs éducatifs, comportementaux, civiques, voire moraux. Aussi de nouveaux travaux apparaissent qui explorent les potentialités de narrations et de stratégies de médiation qui mobilisent l’émotion comme levier ou comme médium. Ainsi « “ l’interprétation chaude (hot interpretation) […] incorpore l’émotion dans le design des expériences interprétatives, dans le but de provoquer des réponses cognitives et comportementales, [et génère] des contenus interprétatifs émouvants et perturbants […] pour inciter les visiteurs à réexaminer les croyances et perceptions qu’ils adoptaient auparavant concernant des questions sociales, environnementales ou morales spécifiques » (Ballantyne, Packer et Bond, 2012 :153).

Le présent appel souhaite susciter des articles autour de la relation réciproque entre émotion et exposition, au cours des visites de musées d’art, de sciences et société, de mémoriaux et de sites patrimoniaux. Prenant pour objet l’examen des « résonances émotionnelles et affectives inhérentes au projet patrimonial », l’objectif est de mieux comprendre comment « le corps et l’esprit convergent pour susciter des expériences vibrantes et significatives » (Munroe, 2017 : 114). Aussi, il est intéressant d’explorer et détailler les nouvelles stratégies narratives et interprétatives qui « stimulent l’imagination des visiteurs » (Savenije et De Bruijn, 2017 : 832), ainsi que les dispositifs mobilisés, du point de vue des positions, rôles et postures qu’ils proposent aux visiteurs.

Les expositions mobilisent des dispositifs variés, hybrides, incluant des éléments humains et non-humains, comprenant des éléments textuels, visuels et spatiaux, susceptibles de créer des espaces où s’articulent et se négocient émotions et représentations, ressentis et connaissances (Witcomb, 2013). Les trames narratives se focalisent sur les récits de vie, mobilisent des objets personnels, inventent installations et dispositifs immersifs, qui très souvent visent à stimuler les réactions émotionnelle. Les visiteurs peuvent, par exemple, s’y trouver mis en situation de victime (mais aussi de bourreau ou de témoin), que cela passe par des dispositifs immersifs réalistes (l’expérience du Blitz, Imperial War Museum, Londres), par le recours à des avatars (US Holocaust Memorial Museum, Washington) ou par des activités engageantes (Jeu « Entrer en Australie » du Musée de l’immigration de Melbourne qui invite les visiteurs à traiter un dossier de demande d’immigration ). Ainsi, le musée de l’immigration de Melbourne s’affiche comme le musée « des histoires émouvantes », et revendique sa capacité à produire des réactions émotionnelles fortes : il entraîne ses visiteurs « dans une aventure qui va au-delà de leurs attentes : il les surprend, il les émeut, et il leur donne le sentiment d’être relié au monde ». Au point qu’en définitive, « c’est ce bénéfice émotionnel qui est spécifique au musée de l’immigration » (Horn, 2006 : 90). Plus largement, se stabiliseraient dans les institutions patrimoniales des « boucles discursives-affectives », formant un « canon muséographique » rendant disponible un modèle qui « donne le ton » pour ensuite se répliquer ou se décliner dans diverses instances patrimoniales (Witcomb, 2013). Ces modèles, porteur de régimes émotionnels spécifiques contribueraient à former, orienter et guider les récits sur notre passé.

Enjeux et questionnements

Le développement des « stratégies d’interprétation affectives » (Witcomb, 2013 : 256) des musées, sites et mémoriaux invite d’abord à chercher à mieux comprendre l’opérativité des dispositifs. Il s’agit sur le plan théorique de « dénouer les liens » (Munroe, 2017) qui attachent étroitement processus affectif et cognitif, d’explorer les liens entre affect, réponses émotionnelles suscitées chez les visiteurs, et sentiments qui en découlent. Finalement, comment et où situer la place de l’émotion dans le processus de construction de signification ?

Se posent ensuite des questions d’ordre éthique. On peut se demander quelles seront les limites au recours à des dispositifs qui relèvent en eux-mêmes d’une forme d’instrumentalisation et de manipulation des ressentis des publics. Le cabinet UX Good Team mobilise par exemple au Kigali Genocide Memorial Center la « courbe Inzovu » pour « designer » l’expérience émotionnelle des visiteurs, dans le but de favoriser le souvenir et la thérapie : « Des contenus douloureux alternent avec des opportunités de réflexion. Juste avant que le spectateur atteigne le burn out émotionnel, point crucial où les réponses négatives peuvent submerger le spectateur et créer un sentiment de désespoir, l’introduction de l’espoir et des capacités d’action [empowerment] créent une épiphanie : l’action est possible. Ceci transforme l’empathie introspective en compassion extravertie et en motivation à contribuer à un changement positif » (Pratley, 2016 :28).

Si l’on peut s’interroger sur les réelles possibilités de mobiliser ainsi « l’empathie » et sur la portée réelle de telles transformation des comportements, ce type d’entreprise peut en tous cas faire réfléchir : Jusqu’où peut-on accepter que les institutions patrimoniales se reposent sur de telles recettes de mobilisation émotionnelle des visiteurs, déploient des dispositifs qui activent le travail émotionnel des visiteurs ? Se pose la question des limites lorsque l’on propose aux visiteurs de revivre des expériences de violence physique ou mentale dans des dispositifs mimétiques. La simulation d’une expérience – qui reste par définition intransmissible (Munroe (2017) – à travers des médiations a des résonances puissantes, durables, et potentiellement douloureuses pour les visiteurs. De tels dispositifs proposent un parcours expérientiel et émotionnel qui vise dans une large mesure à « traumatiser » le visiteur (Thiévant, 1999), pour obtenir en fin de compte des effets thérapeutiques ou des formes d’engagement civique. Si pour certains, le recours à ces méthodes est justifié et même promu au motif d’un nécessaire investissement des musées dans les « causes qui importent » (Pratley, 2016), il semble intéressant de questionner l’usage par les institutions patrimoniales de ces dispositifs de prise -voire d’emprise – émotionnelle intense sur les visiteurs.

Toutefois, si l’exposition est potentiellement susceptible de déclencher une émotion volontairement ou non, il existe une très grande variabilité intra et interindividuelle durant l’expérience de visite. De nombreuses variables psychosociologiques et culturelles peuvent modifier la réaction du visiteur face à une même exposition. Il semble toutefois possible de pouvoir comprendre, expliquer et prédire les réactions émotionnelles qui peuvent être déclenchées face à un objet ou un contexte muséal ou patrimonial donné (Sander et Varone, 2011). Ainsi, on peut s’intéresser aux normes culturelles, aux valeurs, aux attentes, à la motivation, à la personnalité ou encore à l’expertise du visiteur pour comprendre la relation émotionnelle que ce dernier établit avec l’exposition. Mettre en relation le visiteur avec le contenu d’une exposition, susciter son engagement au moyen des émotions est une pratique qui reste à analyser et théoriser, afin de mieux comprendre ce qui se joue du côté du visiteur.

Axes suggérés

Trois axes de réflexion sont suggérés :

  1. Émotions et apprentissage

Comment le modèle s’installe-t-il en dialogue renouvelé avec les théories de l’apprentissage mais aussi de l’instruction du citoyen, au sens plus fort d’enseignement, d’appropriation de comportements souhaitables socialement, et de réponses aux prescriptions comportementales ? Le potentiel pédagogique et herméneutique de ces stratégies fait l’objet de discussions. Pour certains auteurs, les stratégies narratives faisant appel à l’émotion sont un bon moyen d’activer les capacités de réflexion critique. Pour d’autres, l’émotion pourrait au contraire restreindre les facultés des visiteurs à établir un rapport contextualisé aux événements historiques et aux contenus présentés dans l’exposition.

  1. Émotions, dispositifs et parcours narratifs

Quels sont les différents dispositifs usant de stratégies émotionnelles, quels parcours narratifs proposent-ils ? Avec quelles variantes, quels degrés d’intensité, quels effets prévus et effectifs ? Comment la muséographie et la scénographie cherchent-elles à susciter l’engagement des visiteurs à travers les processus émotionnels ?

Comment le musée doit-il gérer la mise en exposition de thématiques à forte connotation émotionnelle? À quelles contraintes font face les institutions qui les portent ? Doit-on accompagner le visiteur de manière spécifique ou le laisser gérer ses propres émotions ?

Quels problèmes et limites suscite une telle approche ? Privilégier le registre émotionnel fait courir le risque que la relation à l’exposition et l’expérience vécue se fasse au détriment des autres processus expérientiels. Du côté de la production par les institutions de tels dispositifs narratifs, on pourra également se demander comment les institutions patrimoniales produisent des normes autorisées de comportements, en leur sein et au-delà dans l’espace social.

  1. Émotions et réception (expériences des visiteurs)

Comment les visiteurs des musées et lieux patrimoniaux font-ils l’expérience émotionnelle de ces lieux ? Les émotions possibles dans ces lieux culturels paraissent être de nature extrêmement variable, liées aux objets exposés mais également à de nombreux autres facteurs intra et interpersonnels, au contexte physique, etc. Comment le visiteur gère-t-il ces différents registres émotionnels ? Quels sont les facteurs de cette expérience émotionnelle ?

S’intéresser aux émotions c’est se demander quels effets ces dernières ont sur l’expérience, et, plus spécifiquement, sur la manière dont les fonctions psychologiques et cognitives (perception, attention, compréhension, mémoire, …) peuvent être facilitées ou, au contraire, empêchées par l’émotion.

Les publics des musées étant le plus souvent silencieux, il reste très difficile de rendre compte de leurs émotions. Les visiteurs font état d’un vécu émotionnel sans vraiment l’approfondir. Par quelles méthodologies et outils les études et recherches appréhendent-elles les émotions des visiteurs ? Quelles sont les émotions les plus étudiées chez le visiteur ? Pour quelles analyses ? Pour quels résultats ? Une question récurrente au sujet des émotions, c’est qu’elles apparaissent toujours contextualisées ; quelles régularités compréhensives, explicatives et prédictives peut-on donner à ces connaissances produites ?

De nombreuses études et recherches portent sur les émotions à valence négative, leur taux de fréquence, leur effet sur la satisfaction, avec le souci de pouvoir y remédier et réajuster ainsi certaines scénographies et médiations. Quid des émotions à valence positive ?

 

Références

Ballantyne, Roy, Uzzell, David, 2011. « Looking Back and Looking Forward : The Rise of the Visitor-centered Museum », Curator, vol. 54, no 1, pp. 85-92.

Ballantyne, Roy, Pacer, Jan, Bond, Nigel, 2012. «Interpreting Shared and Contested Histories : The Broken Links Exhibition”, Curator, vol. 55, no 2, pp. 153-166.

Horn, Barbara, 2006. « Obstacles et éléments moteurs : pour la constitution d’un public au musée de l’immigration à Melbourne en Australie », Museum International, no 231, pp. 83-91.

Munroe, Leanne, 2017. « Constructing affective narratives in transatlantic slavery museums in the UK », in Tolia-Kelly, Divya P., Waterton, Emma, Watson, Steve (eds.), 2017. Heritage, Affect and Emotion. Politics, practices and Infrastructures, London: Routledge, pp. 114-132.

Nugier, Armelle, 2009. « Histoire et grands courants de recherche sur les émotions »,  Revue électronique de Psychologie Sociale, 2009, n°4, pp. 8-14.

Pomian, Krzysztof, 2013. « Musées d’histoire : Emotions, connaissances, idéologies », Le débat, vol. 5, no 177, pp. 47-58.

Pratley, Charlotte, 2016. « The Inzovu Curve », Association for Heritage Interpretation (AHI) Journal, vol. 21, no 2, hiver, pp. 28-29.

Sander, David, Varone, Carole, 2011, « L’émotion a sa place dans toutes les expositions », La Lettre de l’OCIM,  134, mars-avril, pp.22-28,http://ocim.revues.org/840.

Savenije, Geertz, M., De Bruijn, Peter, 2017. « Historical empathy in a museum : uniting contextualisation and emotional engagement », International Journal of Heritage Studies, Vol. 23, no. 9, pp. 832-845.

Scherer, Klauss, R., 2005, « What are emotions ? And how can they be measured ? Social Science Information, vol.44, no 4, pp. 695-729.

Thiévant, Sophie, 1999. “Un voyage pas comme les autres. Sur les chemins de l’exil. Analyse des pratiques d’exposition et du fonctionnement de l’exposition ». Etude réalisée pour le Parc de la Villette, juin, 51 p.

Tolia-Kelly, Divya P., Waterton, Emma, Watson, Steve (eds.), 2017. Heritage, Affect and Emotion. Politics, practices and infrastructures, London: Routledge.

Witcomb, Andrea, 2013. “Understanding the role of affect in producing a critical pedagogy for history museums”, Museum Management and Curatorship, vol. 28, no 3, pp. 255-271.

Envoi des résumés

Merci d’adresser vos propositions d’articles sous la forme de résumés (5000 à 7000 signes) par courriel avant le 30 novembre 2018 à :

Gaëlle Crenn (gaelle.crenn@univ-lorraine.fr) et Jean-Christophe Villatte (Jean-christophe.vilatte@univ-lorraine.fr), avec copie pour Marie-Christine Bordeaux (marie-christine.bordeaux@univ-grenoble-alpes.fr).

Les résumés comporteront :

  • un titre,
  • 5 références bibliographiques, qui seront mobilisées dans le projet d’article,
  • les noms, adresse électronique, qualité et rattachement institutionnel (université, laboratoire) de leur auteur.e., ainsi que des références bibliographiques pour chaque auteur.e (5 environ par personne)

Ils détailleront :

  • l’ancrage disciplinaire ou interdisciplinaire de la recherche,
  • la problématique,
  • le terrain ou le corpus,
  • la méthodologie employée
  • le cas échéant, une première projection sur les résultats

 

Calendrier :

Septembre 2018 : diffusion de l’appel à propositions d’articles :

31 décembre 2018 : réception des propositions (résumés)

Début janvier 2019 : réponses aux auteur.e.s

Fin mars 2019 : réception des textes complets

Avril 2019 : expertise en double aveugle

Mai 2019 : réception des expertises, réponses définitives aux auteur.e.s et propositions éventuelles de modifications

Fin juin 2019 : réception des textes modifiés

Septembre 2019 : début du processus éditorial

Février 2020 : publication

Workshop: “Musées d’hier en devenir”, Carcassonne, 19-20 décembre 2018

Colloque “Musées d’hier en devenir”, organisé par l’Ethnopôle GARAE les mercredi 19 et jeudi 20 décembre 2018 à Carcassonne, clôturé par la projection du documentaire “Passeur de vies, passeur d’histoires”, portrait de Daniel Travier, conservateur et fondateur du musée des Vallées cévenoles, à Saint-Jean-du-Gard.

 

L’Ethnopôle GARAE

est heureux de vous inviter au

 

COLLOQUE

 

Musées d’hier en devenir

 

19 et 20 décembre 2018

Maison des Mémoires, Carcassonne

 

 

Consacré au devenir des musées d’ethnographie, le propos de ce colloque se fonde sur un parti pris quelque peu iconoclaste. Nous nous intéresserons, non pas aux musées les plus neufs ou les plus innovants, mais au contraire à ceux, qui pour une raison ou une autre, ont loupé le coche de la rénovation et se sont trouvés pris au piège d’un certain immobilisme. Partant du constat que ces belles endormies ne sont pas forcément boudées du public, nous essaierons de comprendre comment elles continuent à faire sens et le cas échéant, quel parti elles tirent du fait d’être restées dans leur jus. Si face à la course à l’innovation, qui est aussi une course à l’audience, certains entrevoient la fin du musée, nous essaierons quant à nous de saisir les ressorts de sa permanence. Cette rencontre entend intéresser, au-delà des spécialistes (ethnologues et muséologues), un public plus large de professionnels et d’amateurs éclairés, engagés d’une manière ou d’une autre dans l’action patrimoniale. L’ambition est de leur apporter les moyens d’une réflexivité, en prenant doublement appui sur les acquis disciplinaires et le partage d’expériences en cours.

 

Programme http://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Patrimoine-ethnologique/Soutien-a-la-recherche/Colloques-seminaires-et-journees-d-etude/Colloque-Musees-d-hier-en-devenir

 

Contact, inscriptions

Christine Bellan

04 68 71 29 69

ethno.garae@wanadoo.fr

Workshop: Jeudi 6 déc. – 15e Journée du patrimoine culturel immatériel

Tsiganes d’ici et d’ailleurs

15e Journée du patrimoine culturel immatériel

Paris, Théâtre de l’Alliance française, 18h30

Depuis 2004, la MCM organise une table ronde internationale à l’occasion de la Journée du patrimoine culturel immatériel (PCI) dans le cadre du Festival de l’Imaginaire, afin de promouvoir et d’interroger cette catégorie patrimoniale institutionnalisée par la Convention de l’Unesco pour la sauvegarde du PCI (2003). La ratification de cette convention en 2006 par la Roumanie, vingtième État signataire, permettra l’entrée en vigueur au niveau international de ce texte, ratifié par la France la même année.

Pour cette 15e édition, chercheurs, représentants d’institutions et praticiens, de France et de Roumanie, partageront leurs expériences et réflexions sur le patrimoine immatériel des Tsiganes, en particulier musical, s’agissant de sa transmission et de ses évolutions, de ses représentations, appropriations et usages, ainsi que de son traitement patrimonial notamment dans le cadre de dispositifs internationaux comme la Convention de 2003 telle que mise en œuvre dans les pays de résidence de cette minorité transnationale.

Intervenants
    • Speranța Rădulescu, ethnomusicologue spécialiste des musiques roumaines de tradition orale, professeur à l’Université nationale de musique de Bucarest, membre de la Société Française d’Ethnomusicologie
    • Jonathan Larcher, anthropologue et cinéaste, réalisateur d’une série de films documentaires consacrés aux Tsiganes, Romani Memory #1 – MANEJ (2017) et Romani Memory #2– Amintire (2016)
    • Luc Charles-Dominique, professeur d’ethnomusicologie à l’Université Nice-Sophia-Antipolis, membre honoraire de l’Institut Universitaire de France, auteur de Les «bandes» de violons en Europe. Cinq siècles de transferts culturels, Turnhout, Brepols, 2018.

Séverine Cachat, anthropologue et directrice de la Maison des Cultures du monde – CFPCI, modérera les interventions.

En ligne :

Workshop: 30 novembre 2018 I2MP Les temporalités du sida

Vendredi 30 novembre, de 9h30 à 17h15, à l’I2MP du Mucem à Marseille, de la quatrième journée d’étude de notre cycle “collecter, conserver et exposer l’histoire sociale du VIH-sida” qui sera consacrée aux “temporalités du sida“.
Tout au long de cette journée, l’ambition sera de questionner la mise en récit muséale des temporalités multiples de l’épidémie.
Vous trouverez le programme détaillée de cette journée en pj ou à l’adresse suivante : http://www.mucem.org/sites/default/files/2018-11/fds_sida_web.pdf
Dans le cadre des manifestations du 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le sida, nous vous invitons également à partir de 19h (et pas 18h comme inscrit sur le programme) à la projection du film « Zéro patience », film satyrique sur les origines du sida, dans la salle du miroir (Vieille Charité – 2 rue de la Charité, 13002 Marseille), en présence de Didier Roth-Bettoni, journaliste et historien du cinéma LGBT.

Publication: Journal of Anthropological Research: ‘The Familiar and the Strange in Heritage and Tourism Encounters

Publication d’un numéro spécial du Journal of Anthropological Research: ‘The Familiar and the Strange in Heritage and Tourism Encounters’, dirigé par Robin Maria DeLugan et Patrick Naef

 

Vous trouverez le sommaire ci-dessous, ainsi que lien du numéro:

 

https://www.journals.uchicago.edu/toc/jar/2018/74/4

           

The Familiar and the Strange in Heritage and Tourism Encounters

Robin Maria DeLugan, Patrick Naef

           

Reimagining the Strange and Familiar in National Belonging: Memory, Heritage, and Exclusion in the Dominican Republic

Robin Maria DeLugan

           

The Other in Us: Representation of Black African Identity in Portuguese Social Space

Paula Mota Santos

           

“Narco-heritage” and the Touristification of the Drug Lord Pablo Escobar in Medellin, Colombia

Patrick Naef

           

Approaching Difference, Inequality, and Intimacy in Tourism: A View from Cuba

Valerio Simoni

           

Wine Magic: Consumer Culture, Tourism, and Terroir

David Picard, Catarina Nascimento Moreira, Tristan Loloum

  

Cannibals in Paradise: The Exotic, the Familiar, and the Strange in Ritual and Performance in Vanuatu

Hugo DeBlock