Monthly Archives: October 2009

Séminaire LA MISE EN ARCHIVES HISTOIRE ET ANTHROPOLOGIE DES PRATIQUES D’ARCHIVES

Nous sommes tous des archivistes. La question n’est pas dans la quantité exponentielle des documents à conserver, mais plutôt sur le principe d’en conserver, finalement, certains.
(Michel Melot, « Des archives considérées comme une substance hallucinogène », dans Traverses, 1985)

« Substance hallucinogène » ou résidus encombrants, matériaux ou métaphore, au pluriel comme au singulier, les archives occupent assurément une position nouvelle au sein des sciences sociales. Après avoir été le glorieux terreau de la discipline historique, mais aussi son principal rempart méthodologique, le champ d’extension de l’« archive » déborde désormais le territoire classique des historiens. Par inertie matérielle comme par nécessité scientifique, la présence des archives, voire leur pertinence, semble partout se faire plus forte. Près d’un siècle après une lente institutionnalisation, les sciences humaines sont entrées, de fait et en ordre dispersé, dans un âge historiographique qui n’échappe pas à la question de leur « mise en archives » : le devenir et le  statut des « données » issues de l’enregistrement du monde social qu’elles mettent en oeuvre constitue ainsi un enjeu méthodologique décisif. En parallèle, l’alliance objective et fondatrice entre historiens et archives, sinon archivistes, tend à se défaire, au point de rendre parfois opaque la contextualisation des documents et l’investigation au sein des fonds d’archives.
La conférence complémentaire se propose de tenter un dialogue entre une histoire institutionnelle des archives et une approche anthropologique des pratiques d’archives. De la conservation des papiers privés dans les sphères domestiques, jusqu’à l’institution définitive des archives publiques, en passant par les pratiques administratives les plus banales en apparence, les
cultures protéiformes de l’archivage offrent un terrain d’analyse permettant de confronter l’histoire à l’archivistique, l’anthropologie de l’écriture aux sciences administratives et l’historiographie à l’histoire de la constitution des fonds d’archives.
Cette radiographie des multiples formes de « mise en archives » cherche à circonscrire les processus – personnels, identitaires, sociaux, juridiques, administratifs, scientifiques, patrimoniaux – qui assurent la transformation progressive des traces en archives, de la production ordinaire au classement extraordinaire, du dossier à la série, de l’écrit quotidien au monument
historique. Il s’agit donc d’explorer la variété des chaînes opératoires qui conduisent, de manière parfois contradictoire, à la constitution de fonds au sein d’institutions d’archives, elles-mêmes hétérogènes et en situation de concurrence, technique, normative ou fonctionnelle, avant ou après leur prise en charge par « l’opération historiographique ».

Conférence complémentaire proposée par Yann Potin (agrégé d’histoire, chargé d’études documentaires aux Archives nationales) les 2e et 4e mardi du mois (15h-17h), à partir du 10 novembre 2009, jusqu’au 22 juin 2010 (EHESS, Salle 1, 105 boulevard Raspail, 75 006 Paris)
– Contact et informations : yann.potin@freesbee.fr

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Património Cultural ir mais além… Lisboa, 20 novembro 2009

Nova Convenção-Quadro sobre o valor do Património Cultural para a Sociedade – actualização e perspectivas

20 de Novembro 2009 – Lisboa
Fundação Calouste Gulbenkian

No próximo dia 20 de Novembro, o Centro Nacional de Cultura organiza, em colaboração com o Conselho da Europa e com o IGESPAR, na Fundação Calouste Gulbenkian, o colóquio “Património Cultural – Ir mais além…”

O Centro Nacional de Cultura esteve associado à elaboração da recém-ratificada Convenção-Quadro do Conselho da Europa relativa ao valor do Património Cultural para a Sociedade, cujo grupo de trabalho o seu Presidente dirigiu. Trata-se de um instrumento inovador no qual, pela primeira vez, se reconhece que o património cultural é uma realidade dinâmica, envolvendo monumentos, tradições e criação contemporânea.

Consulte aqui o programa completo.

A nova Convenção-Quadro do Conselho da Europa sobre o Valor do Património Cultural para a Sociedade Contemporânea constitui um instrumento com inesgotáveis potencialidades, uma vez que pressupõe um conceito aberto de património cultural, não apenas centrado numa lógica conservadora, mas sim ligado ao património material e imaterial (e à sua protecção) e à criação contemporânea (e ao seu incentivo). Longe de uma oposição, temos uma complementaridade. No fundo, o desenvolvimento humano exige uma maior valorização da cultura e da educação como factores de criação, de eficiência e de equidade, uma vez que aquilo que distingue o desenvolvimento e o atraso está na cultura e na capacidade de aprender.

Nesta Conferência  intervirão os maiores especialistas  intervenientes na redacção do texto da nova Convenção.

Nouvelles technologies et patrimoine culturel

La Licence professionnelle “Développement et Protection du Patrimoine Culturel” de l’IUT-Saint-Lô (Université de Caen Basse-Normandie, Maison de la Recherche en Sciences Humaines, UFR des Sciences de l’Homme, UFR d’Histoire) est spécialisée dans la préservation et la mise en valeur du patrimoine par les nouvelles technologies : 3D, Réalité virtuelle et multimédia. Si vous souhaitez développer des projets avec ces outils (numérisation 3D, modélisation 3D, sites web multimédia, visites virtuelles, etc.) autour de vos problématiques de recherche vous pouvez me contacter. Nous étudierons ensemble la faisabilité du projet et la possibilité de mettre à disposition un stagiaire pour une durée de 13 à 19 semaines entre février et juin 2010.

Bien cordialement à tous,


Marie-Pierre Besnard

Chef du département “Services et Réseaux de Communication”
Responsable de la Licence Professionnelle
“Développement et Protection du Patrimoine Culturel
mention réalité virtuelle et formation multimédia”

Université de Caen Basse Normandie
IUT Cherbourg Manche
Site de Saint-Lô
120 rue de l’Exode
50000 Saint-Lô

Equipe de Recherche Technologique
“Sources Anciennes-Multimédias-Publics pluriels”

tél : 0233775510
fax : 0233771167

Colloque Patrimoines alimentaires LER-Lyon

XXIIe Entretiens Jacques Cartier

Colloque International

PATRIMOINES ALIMENTAIRES ET DESTINATIONS TOURISTIQUES : PASSION OU RAISON ?

30 novembre et 1er décembre 2009

Inscription obligatoire

Bulletin inscription

Colloque Patrimoines alimentaires

CFP Géotourime pour la revue Théoros

La revue Téoros prépare un numéro consacré au géotourisme c’est-à-dire
à l’ensemble des sites qui fondent leur attractivité les éléments
abiotiques présents dans la nature (sites géologiques autrement dits
géosites, formes de relief autrement dites géomorphosites, sites
fossilifères, dalles à empreintes…). Les textes recueillis dans ce
numéro offriront un panorama de la diversité des expériences, réussies
ou non, dans le domaine du géotourisme: comment le discours
scientifique peut-il être mobilisé par le tourisme ? Sur quel fonds de
connaissances naturalistes, partagé par le grand public, ce discours
peut-il s’appuyer ? Dans quelle mesure la ressource géotouristique
s’appuie-t-elle sur d’autres ressorts artistiques, historiques,
économiques, sociétaux ou culturels ?

Date limite de soumission : 15 janvier 2010

Détails : http://calenda.revues.org/nouvelle14803.html

Séminaire de l’Iris : Mises en scènes et en récits, musées, lieux

« MISES EN SCENES ET EN RECITS, MUSEES, LIEUX »

A partir du mardi 10 novembre 2009

Thierry Bonnot, chargé de recherche au CNRS

Bernard Müller, chercheur et dramaturge

-IRIS-

2e et 4e mardis du mois de 10h à 12h • Salle 3
du 10 novembre 2009 au 8 juin 2010
sauf le 23 mars • Salle 2

Ce séminaire vise à développer une réflexion sur les mises en scènes et en
récits dans différents domaines, comme le rituel et le théâtre, l’écriture
et le musée, l’architecture et l’urbanisme. La création contemporaine et le
rapport social à l’objet seront également abordés. Qu’il soit question de
performances rituelles ou spectaculaires, de productions artistiques, de
narration muséographique ou de théâtralisation des patrimoines,
d’aménagements urbains, les objets considérés correspondent tous à une
production discursive dont il convient d’analyser de façon
interdisciplinaire la genèse historique et de restituer le processus social
de mise en forme. On se demandera comment créer les conditions
épistémologiques d’une anthropologie des pratiques spectaculaires, homogène
du point de vue de la méthode, au carrefour de différentes disciplines, en
portant un regard renouvelé et comparatiste sur une pratique universelle.

Séances : 10/11/2009, 24/11/2009, 09/12/2009, 12/01/2010, 26/01/2010, 23/02/2010, 09/03/2010, 23/03/2010, 27/04/2010, 11/05/2010, 25/05/2010, 08/06/2010

Lieu : Musée du quai Branly

Pour y aller : Métro Iéna (ligne 9), Alma-Marceau (ligne 9), Pont de l’Alma
(RER C), Bir Hakeim (ligne 6). Bus ligne 42 arrêt Tour Eiffel ; lignes 63,
80, 92 arrêt Bosquet-Rapp ; ligne 72 arrêt musée d’art moderne – Palais de
Tokyo. Navette fluviale : arrêt Tour Eiffel (batobus, bateaux parisiens et
vedettes de Paris).

Publication : Naissance d’une autre Catalogne par Claire Guiu

« La folklorisation est un processus suscitant débats et passions, prises de positions et condamnations. » Dans l’ensemble des régions rurales européennes, les groupes folkloriques, les fêtes « paysannes », les festivals de musique « traditionnelle » ou les marchés du « terroir » se multiplient. Ces manifestations sont associées à des territoires de référence qui constituent à la fois les supports d’identités revendiquées et les garants d’une authenticité proclamée. Comment appréhender l’effervescence contemporaine des activités folkloriques et patrimoniales ?
Le présent ouvrage propose une double approche géographique et ethnologique de ce processus à partir d’un travail de terrain en Catalogne méridionale. Zone rurale et frontalière, ce Sud catalan fut une entité mouvante, parfois revendiquée, aux marges instables, marquée par le fleuve de l’Èbre et la ville de Tortosa. Mais cet espace longtemps à l’écart de la construction identitaire catalane émerge depuis les années 1970 comme un nouveau territoire de projet et d’identification : les « Terres de l’Ebre ». Dans quelle mesure les politiques folkloristes en Espagne ont-elles façonné les représentations culturelles et territoriales de cet espace longtemps incertain ? Claire Guiu montre ici le rôle de l’«invention de traditions » dans la construction régionale.

Collection : CTHS Géographie n° 7
279 p. , 21,5 x 26 cm, ill.
978-2-7355-0698-9
Prix : 39 €

http://cths.fr/ed/edition.php?id=5133

Allocation Mission Ethnologie 2010 – France

La mission ethnologie du ministère de la culture offre cette année des allocations de formation et de recherche. La date limite d’envoi des dossiers est fixée au 30 novembre 09.

Vous trouverez sur
http://www.culture.gouv.fr/mpe/recherche/afr/Publi_Dos_Candidat.htm
les différentes informations relatives à la procédure de demande.

Séminaire Tourisme : Recherches , Institutions, Pratiques, EHESS, Paris

EHESS, Maison des Sciences de l’Homme de Paris, séminaire associé au IIAC, équipe LAIOS

Le séminaire “Tourisme : Recherches , Institutions, Pratiques”

Saskia Cousin (IIAC-LAIOS / Université François-Rabelais)

Nadège Chabloz (EHESS / Centre d’Etudes Africaines)

Bertrand Réau (CSE / Université de Paris 1)

La question des images.

Des cartes postales du 19ème siècle aux vidéos postées par les voyageurs sur internet, les images sont omniprésentes dans l’histoire du tourisme, l’invention des lieux et la transformation des pratiques. Qu’elles soient fixes ou animées, produites par, pour ou sur les touristes, les sociétés d’accueil ou les intermédiaires, c’est donc la question des images qui sera au centre de la cinquième saison de notre séminaire, à travers deux approches :

– L’étude des images. Une série d’interventions sera consacrée aux images produites par les institutions, les touristes et les médias. Que choisit-on de représenter ? Que met-on dans le cadre, que garde-t-on « hors champs » ? Qui produit, qui contrôle les images ? Quels sont les messages véhiculés ? Quels en sont les enjeux politiques, économiques ou symboliques ? Comment les images circulent-elles ? Comment sont-elles reçues, appropriées, combattues ?

– L’étude par l’image. L’anthropologie visuelle documente depuis de nombreuses années la question des rencontres entre touristes et populations des sociétés visitées. L’ambition du séminaire est notamment d’appréhender la dimension heuristique de la production visuelle pour étudier les phénomènes touristiques. Plusieurs films seront projetés et discutés en présence des réalisateurs.

15/10 :

Saskia Cousin (IIAC) : « Tourisme : la question des images. Eléments d’introduction »

Nadege Chabloz (EHESS) : « La quête de soi par la pratique des autres : un numéro des Cahiers d’Etudes africaines »

Sébastien Roux (IRIS): “De quelques dynamiques contemporaines en anthropologie du tourisme francophone” (215)

5/11 :

« Cannibal Tours » de Dennis O’Rourke (62 mn, 1987) ». Discussion : J.-P. Colleyn (sous réserve). (salle 215)

19/11 :

Cédric Touquet (CEMAF) et Fanny Brancourt : « A Ladjé, toubabou nana ! Regarde, les blancs sont arrivés ! », 2009, 21 mn. Discussion : Anne Doquet (IRD) (salle 215)

3/12 :

Omar Saghi (IEP Paris) : « Capter l’aura de la Mecque : pratiques de la photo durant le Hajj » (salle 015)

17/12 :

Laetitia Merli (EHESS) : « Shaman tour », 2009, 60 mn. (salle 214)

7/01 :

Yves Billon : « Safari au Xingu », 1983, 27mn ;

David Picard (Université de Lisbonne) : « Uncanny Stangers. Catering for Nature Conservation in South Western Madagascar », 2009, 56 min. (salle 214)

21/01 :

Marc Augé (EHESS) : « le tourisme et ses images » (salle 214)

4/02 :

Noël Salazar (Université de Louvain) : « The (im)mobility of tourism images and imaginaries » (salle 214)

18/02 :

Nadège Chabloz (EHESS) : « Bwiti et iboga en VF. Une initiation à Libreville », 2009, 48 min. Discussion : André Mary (CNRS) et Julien Bonhomme (Musée du quai Branly/Université Lyon-2) (salle 214)

18/03 :

Christian Lallier : « Chambre d’hôte au Sahel », 2001, 58 min (salle 214)

1/04 :

Corinne Cauvin-Verner (Centre de l’Histoire Sociale de l’Islam Méditerranéen CHSIM – EHESS) : « Randonner au désert : points de vue des touristes et des guides » Extraits de « L’appel du désert » , et de « Nomades de profession » (salle 214)

6/05 :

Veronique Antomarchi (CERLOM/INALCO) : « L’imaginaire du Grand Nord à la source du tourisme polaire : étude des brochures touristiques des TO français »

Marie Roué et Florence Revelin (CNRS/MNHN) : « Laponia, site du patrimoine mondial de l’Unesco en Laponie suédoise : constitution et analyse d’un corpus de photos prises par les touristes rencontrés sur le terrain » (salle 214)

20/05 :

Habib Saidi (CELAT, Université Laval – Quebec) : « Images touristiques et amour politique : généalogie d’un État touristifié » (salle 214)

3/06 :

Rodrigo Booth (CERLIS – Université Paris Descartes) : « Le paysage du Sud du Chili. Transports, mobilité, tourisme ».

Philippe Dallais (Université de Zurich) : « Images balisées et regards multiples: les Ainu touristiques des premières photographies aux cartes postales » (salle 214)

17/06 :

Dominique pages (CELSA) : « le tourisme métropolitain en quête d’images »

Saskia Cousin (IIAC-LAIOS) : « Anthropologie et tourisme : une affaire de cadre » (salle 214)

CFP FORMES SPECTACULAIRES TRADITIONNELLES ET PROCESSUS DE PATRIMONIALISATION

Appel à contribution

Date limite : 21 décembre 2009.

Journées d’études : Jeudi 25 mars et vendredi 26 mars 2010

Organisateurs : Yves Defrance (ethnomusicologue HDR, Université Rennes 2-Haute Bretagne, Directeur du CFMI de Rennes) et Brigitte Prost (maître de conférences en études théâtrales à l’Université de Rennes 2-Haute Bretagne).

Programme de recherche : « La scène comme lieu de mémoire » ; laboratoire « La Présence et l’image », Université de Rennes 2 ; EA 3208 : « Arts : Pratiques et poétiques ».

Lieu du colloque : Université Rennes 2-Haute Bretagne.

Quel qu’en soit le champ considéré – théâtre, danse, musique – le spectacle vivant s’inscrit dans une pratique artistique, par définition, éphémère. A contrario, il peut aussi s’avérer être une forme d’expression par laquelle une société se voit interroger son passé à l’aune du présent. Les propositions de mises en scène historicistes des auteurs classiques en fournissent un bon exemple. Quand Giorgio Strehler part en quête des modes de représentations perdus de la Commedia dell’arte, le spectacle vivant invite en revanche ladite société à retrouver des techniques et savoir-faire d’une époque avec plus ou moins d’exactitude pour ensuite les transmettre. Les formes artistiques dites « traditionnelles » paraissent, elles, entretenir un rapport au passé particulièrement étroit, sans ruptures. Non seulement elles font l’objet d’une longue transmission par des maîtres qui imposent une observance plutôt stricte du modèle hérité, mais elles fonctionnent, semble-t-il, comme des « lieux de mémoire » – pour reprendre une expression de Pierre Nora -, indirectement chargées qu’elles se voient d’une mission de conservation d’un patrimoine immatériel, elle-même essentielle pour la définition identitaire d’un groupe social, d’une ethnie, d’un État ou d’une nation.

Leur fixation par l’écrit, comme Mei Lan Fang le fit pour l’Opéra de Pékin, ou par la création de conservatoires, comme le Kalamandalam à l’instigation de Vallathol en 1930 pour certains arts du Kerala, est à l’origine sans doute de leur transformation en « patrimoine immatériel » officialisé. Mais comment définir ce patrimoine ? Comment un art devient-il patrimoine ? Par quel processus ? Et dans quel contexte sociopolitique ? N’est-ce pas précisément quand des pratiques artistiques menacent de s’éteindre qu’elles cristallisent les aspirations fédératrices pour une communauté d’hommes ? Dans quelle mesure cette « beauté du mort » dont parle Michel De Certeau agit, elle aussi, comme un levier puissant sur la prise de conscience collective d’un patrimoine immatériel ?

Ces premières interrogations seront sans doute à mettre en perspective avec les diverses déclinaisons de la notion d’identité, et leurs conséquences sur les choix opérés dans la volonté de faire perdurer ou non des formes spectaculaires et leur donner valeur de patrimoine. Depuis les années 1990, on assiste à l’extension rapide du système économique capitaliste, à la quasi totalité des sociétés humaines de la planète. Peu ou prou, tous les États participent de ce phénomène bien connu sous les termes de mondialisation et de globalisation. Pour autant, parallèlement à cette intégration à la fois subie et volontaire – et cette double attitude d’attirance et de rejet mériterait d’être analysée – on observe un mouvement apparemment inverse sur le plan politique. D’un côté le développement d’accords commerciaux bilatéraux entre pays, et la volonté de regrouper un certain nombre d’intérêts, voire de prendre la direction fédérale, comme par exemple la mise en place d’une monnaie unique dans la zone euro. De l’autre, la multiplication de nouveaux Etats nations issus de la disparition des empires coloniaux, puis de la désintégration territoriale du système soviétique, et même de l’affirmation de multiples entités locales, ethniques ou religieuses. La chute des grands ensembles paraît ainsi encourager les petites nations à se manifester et à s’imposer au regard de tous. La séparation de la Tchéquie et de la Slovaquie, de la Croatie et de la Bosnie, sans parler de l’Ukraine ou du Kosovo viennent rappeler combien l’entrée dans l’économie de marché s’accompagne tout autant d’un émiettement des structures politiques et d’un partage des identités, parfois dans de sanglantes déchirures que l’on croyait à jamais exorcisées depuis 1945.

Si ces formes violentes occupent le devant de la scène, d’autres formes plus pacifiques, mais non moins actives, se sont développées depuis le début du XXe siècle, et plus visiblement encore depuis les années 1960, un peu partout et à des niveaux sociaux très divers. Toutes ces réinventions de pratiques culturelles identitaires récentes ont été pendant très longtemps négligées ou méprisées au motif principal qu’elles apparaissaient comme de pures fictions et des bricolages artificiels plus ou moins savamment habillés. Les sociologues, les anthropologues et les philosophes ont chacun à leur façon défini plus largement les termes du débat, ses tenants et ses aboutissants. L’anthropologie d’un Claude Lévi-Strauss, ou d’un Maurice Godelier, apporta une contribution décisive pour avoir su, dès l’origine, se fixer pour objectif de découvrir, de comprendre et de faire comprendre les différentes façons d’agir et de penser, les divers modes d’organisation de la vie en commun des membres d’une même société, mais aussi des sociétés les unes par rapport aux autres. Cependant, pour fondamentale que soit cette contribution anthropologique, pour importante que soit celle aussi des autres sciences sociales, leurs perspectives mêmes, qui visent à déterminer des structures et des règles, voire des principes, de fonctionnement, ne parviennent pas totalement à restituer les évolutions des phénomènes et les différentes formes qu’ils revêtent au fil du temps. Dans une démarche inverse de celle de Jacques Le Goff, qui s’intéressa de près à l’anthropologie pour avancer dans sa réflexion, notre recours à l’histoire peut s’avérer d’une grande fécondité pour apporter des éléments de réponse à bon nombre d’aspects de notre problématique.

Formulée en ces termes, la question, appliquée aux arts spectaculaires de Beijing ou du Kerala – tels que nous les percevons en Occident -, peut sembler très loin des préoccupations géopolitiques de notre époque. Pour autant, en ce qui concerne la construction des identités culturelles, l’histoire paraît à même de nous donner un éclairage particulièrement lumineux. On sait déjà que les constructions identitaires se définissent toujours par réaction, en fonction de contextes historiques très précis. Pour tenter d’en décrypter les mécanismes, il devient donc nécessaire de reconstituer avec minutie chaque environnement dans lequel les acteurs s’intègrent, ou vis-à-vis duquel ils se démarquent. Les stratégies et les choix identitaires ne prennent sens qu’en fonction d’une toile de fond changeante, qui les conditionne et en détermine le fonctionnement. Les cas étudiés par les uns et les autres (émergence du Ca Trù au Vietnam, xöömij en Mongolie, Bharata Natyam et Mohini Attam comme Kathakali au Kerala…) lors de nos journées d’étude, garderont donc en vue cette dimension identitaire (ancienne ou récente) que revêt la forme artistique considérée. Pour ce faire, nous chercherons à en comprendre le fondement et les causes en vue de dégager progressivement les items du processus de patrimonialisation. Les arts traditionnels semblent par définition relever de pratiques séculaires, transmises de générations en générations, mais à y regarder de plus près, ces traditions de jeu nous paraissent de plus en plus des constructions identitaires – visant à une certaine écriture du passé, de l’histoire et de la mémoire d’un peuple. Une enquête à résoudre collectivement en balayant un champ large de cas d’étude dans plusieurs disciplines des arts du spectacle vivant traditionnel.

Nous faisons appel aux chercheurs de toutes disciplines s’intéressant aux arts du spectacle vivant. Cette double journée d’études fera l’objet d’une publication sous forme d’un ouvrage collectif.

Les propositions de communication (500 mots environs, en français, accompagnées d’une brève biographie) devront parvenir au plus tard le 21 décembre 2009 à :

yves.defrance@univ-rennes2.fr et fbprost@wanadoo.fr
Comité scientifique : Luc Charles-Dominique (Université de Nice-Sophia-Antipolis), Yves Defrance (Université Rennes 2-Haute Bretagne), Katia Légeret (Université Paris 8), Brigitte Prost (Université Rennes 2-Haute Bretagne).

Source : blog de la société française d’ethnoscénologie