Thierry Linck

Thierry LINCK

INRA-SAD LRDE Corte

linck@corte.inra.fr

Thierry Linck est économiste et Directeur de Recherche à l’INRA-SAD (Sciences pour l’action et le développement). Il dirige l’équipe qualifications territoriales du Laboratoire de Recherche sur le Développement de l’Elevage à Corte. Ses travaux sur l’usure rurale et les processus d’intégration (La usura rural en San Luis Potosi, El Colegio de Michoacan, 1982) et sur les interactions entre choix technique, politiques publiques et développement (El campesino desposeido, El Colegio de Michoacan, 1988) ouvrent une réflexion largement structurée sur l’étude des rapports à la nature et à l’ordre social. Le territoire et l’organisation sont analysés en tant qu’expressions d’une division du travail cohérente à l’échelle des terroirs ou des circuits informels du financement et de la commercialisation, et comme les produits de conflits d’accès à des ressources collectives: les terres vouées à un « usage commun » et les savoirs relationnels qui structurent les interactions sociales et marchandes. Les travaux réalisés dans les années 91-92 au CIDE (Centro de Investigacion y Docencia Economica) sur l’organisation des approvisionnements de la ville de Mexico en produits frais ont permis d’approfondir cette problématique: les filières sont majoritairement structurées autour d’un double oligopole (négociants, grandes unités de production) associé à une frange d’opérateurs plus ou moins marginaux qui supportent l’essentiel des risques de commercialisation. L’accès est mis sur les procédures d’exclusion (des agricultures familiales) induites par un accès différencié à des ressources dotées d’attributs de bien collectif (infrastructures d’irrigation, de collecte de stockage, logistique, normes de commercialisation…). Les recherches sur les qualifications territoriales en découlent a contrario: elles sont conduites dans une double perspective de réappropriation collective des ressources locales (considérées dans leurs attributs patrimoniaux) et de construction du développement (« Les saveurs cachées du café solidaire » , Economie et solidarités, 37-2 Montréal, 2006).

Ses recherches actuelles s’inscrivent dans une réflexion plus large sur les appropriations de l’immatériel (les savoirs, les valeurs sociales) et de la nature. La patrimonialisation (définie en tant que processus d’appropriation) est considéré dans une triple perspective:

− celle de ses dispositifs: institutionnels, pour une part, mais aussi induits par les choix techniques mis en œuvre et par les choix de codification (“Les indications géographiques à l’épreuve de l’intensification écologique : la qualification du Queso Cotija et la nouvelle question agraire”. Colloque IRD-CIRAD Localiserles produits UNESCO, Paris, juin 2009),

− celle des processus organisationnels, considérés en lien avec les conflits d’usage et les modes de répartition des droits d’accès et des capacités à définir et à gérer les ressources patrimoniales,

− du point de vue, enfin, des effets de la patrimonialisation, considérés en lien avec le renouvellement des savoirs techniques et relationnels et, par là, avec les modalités de production des patrimoines et des territoires.

Ces travaux sont objectivés dans le domaine de la qualification territoriale des aliments et mobilisés dans une réflexion large sur le renouvellement des sciences économique à partir des problématiques qu’ouvrent la notion de patrimonialisation (“Le dilemme de la gestion patrimoniale. L’exclusion, condition et écueil de l’appropriation collective” Economie appliquée, 2007, 3, pp. 177-198).

Synthèse du positionnement scientifique

Le patrimoine peut être considéré, dans un sens large, comme la mémoire collective qui permet à chacun de se situer dans le temps et dans l’espace et de se projeter dans l’avenir. C’est une ressource mobilisée pour produire la la société et des richesses marchandes. C’est une ressource partagée, sans que rien en permette d’affirmer que ce partage est universel ni qu’il est égalitaire. Dans cette perspective, la patrimonialisation considérée en tant que processus d’appropriation fournit des clés de lecture qui invitent à considérer les sciences sociales différemment:

− la sociologie dans la mesure où les conditions d’accès aux mémoires collectives pèsent de façon décisive sur les constructions identitaires dans leur triple dimension d’ipséité, d’altérité et de hiérarchie,

− les sciences économiques dans la mesure où la privatisation de ressources patrimoniales et leur conversion en actifs orientent les modalités de production et de partage des richesses.

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