Workshop: Vies et morts des objets du quotidien, Rendez-vous ethnologique de Salagon 21-22 avril 2016

 

Rendez-vous ethnologique de Salagon

 

2e édition

Jeudi 21 et vendredi 22 avril 2016

 Musée de Salagon

Mane 04300

http://www.musee-de-salagon.com/accueil.html

Vies et morts des objets du quotidien

Organisé en partenariat avec l’IDEMEC (Institut d’ethnologie méditerranéenne, européenne et comparative, Aix-Marseille Université )

et le CRIA (Centro em Rede de Investigação em Antropologia, Lisbonne)

      Longtemps, les ethnographes emplirent des musées. Ils pensaient que des collections de choses (qui pouvaient être des objets physiques mais aussi des mots : contes, légendes, etc.) étaient suffisantes pour offrir une représentation de la culture. Ces accumulations pouvaient être gardées pour des études ultérieures, inévitablement centrées bien plus sur les propriétés formelles des artefacts et des discours que sur leurs modalités de production et d’usage. Puis l’anthropologie commença, à des rythmes différents selon les pays, à considérer qu’il convenait de prêter plus d’attention au contexte d’origine, de fonctionnement et de consommation des objets, et même aux conditions de leur collecte, afin de mieux en percevoir toutes les significations, y compris celles qu’ils acquièrent lorsqu’ils intègrent des représentations muséographiques — ce qu’il est devenu habituel de désigner comme « la vie sociale des objets ».

Les musées ethnographiques furent plus lents à parcourir un chemin semblable, mais les objets eux-mêmes finirent pourtant par les guider vers les mêmes préoccupations. Les choses de la « société de consommation » dont parlait le roman de Georges Perec en 1965 n’étaient en effet plus celles de la société rurale traditionnelle ou des univers coloniaux, notamment du fait de leurs matériaux, leur production industrielle en grandes séries, souvent délocalisée, et de leurs fonctionnalités très sophistiquées. Et même les musées d’art ont dû repenser les frontières, autrefois nettes, entre l’objet d’art et l’artefact industriel, voire entre l’art et le geste d’utiliser un objet. Pour certains musées, les objets en eux-mêmes n’ont plus une importance absolument centrale. Un même intérêt à l’égard de l’usage, de la consommation, de la performance rapproche donc à nouveau muséologues et anthropologues. Et qu’il s’agisse d’écrire, de filmer, de collecter ou de faire des expositions, les uns et les autres se confrontent à de semblables difficultés de représentation. De plus, les sciences sociales manifestent une attention croissante à l’égard des objets, notamment dans certains de leurs développements théoriques récents centrés sur les réseaux d’interaction entre les humains et tous les éléments de leur environnement, soulignant la capacité que ceux-ci ont d’intervenir dans l’existence des premiers.

Un musée tel que Salagon, dont on sait qu’il fut d’abord pensé pour être un conservatoire ethnologique, n’échappe pas aux profondes incertitudes qui accompagnent ces évolutions, dont les implications sont discutées depuis longtemps : les questions soulevées par exemple dans un numéro d’Ethnologie Française (Culture matérielle et modernité, dirigé par Martine Segalen et Christian Bromberger) paru en 1996 sont toujours d’actualité 20 ans plus tard. Hésitation entre étude de l’action technique ou de l’usage ; identification des moteurs principaux des processus d’innovation ; pertinence relative des diverses échelles d’observation ; incertitude de l’idée de « contemporain » ; validité de la distinction entre l’objet comme « document » ou comme « œuvre », proposée par Jean-Claude Duclos ; paradoxe du geste muséographique qui, tel un baiser qui tue, décontextualise, voire dénature pour protéger.

Les problèmes sont nombreux et vastes, d’autant que les objets sont omniprésents dans notre vie et investis de valeurs de tout ordre. En 2015, la 1ère édition du Rendez-vous ethnologique avait abordé les collectes, collections et inventaires. En portant maintenant le regard sur les Vies et morts des objets du quotidien, il s’agit bien-sûr de poursuivre l’échange amorcé l’année dernière entre acteurs de musées professionnels et amateurs, grands et petits, connus et discrets, à propos du traitement qu’ils donnent, ou aimeraient pouvoir donner aux objets qu’ils reçoivent – objets du quotidien plutôt qu’objets exceptionnels, afin d’occuper le champ d’observation le plus habituel de l’ethnologie, mais sans oublier toutefois qu’une œuvre d’art peut détenir un rôle important dans le quotidien de son propriétaire. À son arrivée au musée, qu’il soit acquis, reçu en donation ou prêté, l’objet sera traité à l’aune d’un système très égalitaire, mais les conditions exactes de sa mort en un quotidien et renaissance en un autre ne mériteraient-elles pas, au moins dans certains cas particulièrement éclairants ou au contraire très banals, une attention plus soutenue et explicite qu’une simple mention discrète au bas de l’étiquette ? Ne sont-elles pas des facteurs importants dans l’élaboration de nouvelles significations d’une pièce, qui eux aussi mériteraient parfois d´être exposés. Quelles sont les potentialités et les limites d’une telle proposition ? Et puis la muséalisation représente-t-elle toujours nécessairement un stade terminal ? Outre que les trajectoires des objets muséalisés peuvent être très diverses, entre leur placement en réserves perpétuelle et leur mise en vedette, la possibilité de leur aliénation, qui fut longtemps un tabou au moins en ce qui concerne les collections publiques, leur ouvre la perspective de cycles de vie ultérieurs.

La resignification de tout objet, banal ou exceptionnel, qui entre au musée est inévitable mais plus ou moins profonde selon la distance le séparant de notre univers culturel. Un pot à graisse, déjà fêlé et ébréché, qu’un enfant brisa par mégarde il y a 5728 ans, devient, patiemment reconstitué après une longue dormance de ses tessons, la pièce maîtresse d’un petit musée archéologique, illustration parfaite d’une certaine typologie de céramique, confirmation d’une hypothèse de diffusion d’une technique, peut-être emblème touristique de la localité, éventuellement aussi source d’un vertigineux sentiment de proximité esthétique. Les participants du Rendez-vous pourront quant à eux partager leur expérience de l’effet de mise à distance qui se produit lorsque le musée ethnographique (ou d’art) se risque à l’exposition d’ustensiles contemporains.

Il faudrait aussi tenter de mieux distinguer, en amont de la mise en musée, la pluralité des relations qui se nouent autour des objets qui, avant même d’entrer au musée puis encore après, peuvent vivre plusieurs vies et mourir plusieurs morts puisqu’ils peuvent entretenir de nombreuses relations individualisées, être utilisés par de nombreuses personnes en simultané ou au long du temps. Cassés, perdus, volés, ils peuvent être collés, trouvés, retrouvés, vendus, réappropriés, bricolés, adaptés… Nous entendrons des ethnologues qui observent ces moments charnières de l’existence, des ruptures de l’existence que des objets mettent à profit pour s’évanouir de notre quotidien tandis que d’autres s’y glissent : séparation, voyage, deuil, déménagement… Ce sont là autant d’occasions d’évaluer la force de nos liens à certains objets familiers ou d’anticiper l’attachement à un objet convoité. Exceptionnels, ces moments sont néanmoins une part ordinaire de la vie de tout un chacun et la vie, justement, se charge de les lisser.

La rencontre avec un objet inconnu ou l’effort de ressuscitation d’un objet comateux acquièrent-ils par contre une saillance particulière pour qui est spécialiste de ce genre de situation ? En fonction de quoi les huissiers de justice, les commissaires-priseurs, les techniciens de restauration, les égoutiers, les fonctionnaires des « objets trouvés », les réparateurs… ne donnent-ils peut-être pas tous la même place dans leur vie aux innombrables objets en situation liminaire, entre mort et réanimation, qui leur passent entre les mains ?

Donner donc aussi la parole à des professionnels, ce sera respecter la tradition, déjà longue pour le Séminaire d’ethnobotanique automnal, encore jeune pour le Rendez-vous ethnologique printanier, qui veut qu’à Salagon le monde universitaire s’ouvre large aux échanges avec la société. Et ce sera permettre que ce Rendez-vous puisse être une riche leçon de choses.

Programme du jeudi 21 avril

Matin (modérateur : Isabelle Laban-Dal Canto)

09:00 – Accueil.

09:30 – Ouverture par Florence Pizzorni (Ministère de la Culture, Bureau des réseaux territoriaux) et Jean-Louis Riccioli (DRAC PACA).

10:00 – Présentation par Cyril Isnart (CNRS, IDEMEC) et Isabelle Laban-Dal Canto (Musée de Salagon).

10:15 – Les choses de la vie et les objets du musée. Jean-Yves Durand (Universidade do Minho, Centro em Rede de Investigação em Antropologia).

10:55 – Pause.

11:15 – Objets inanimés, avez-vous donc une vie ? Biographie d’objets versus objets biographiques. Véronique Dassié (CNRS, IDEMEC).

11:55 –  Histoire d’une poêle à torréfier et d’un collier de chèvre. Dominique Coll (Association Les Coll’Buissonnière).

12:35 – Pause déjeuner.

Après-midi

14:00 – Atelier.

Trois groupes seront chargés, à partir de fiches d’inventaire qui documentent trois fonds de Salagon, de réfléchir au(x) sens que l’on peut redonner aux collections ainsi qu’à la scénographie qui pourra porter ces significations. Chaque atelier sera animé par un chercheur et un responsable de collection. Les résultats seront mis en commun lors d’un débat final.

17:00 – Fin de l’atelier.

 

Programme du vendredi 22 avril

Matin (modérateur : Jean-Yves Durand)

09:00 – Accueil.

09:30 – L’objet céramique inutile. Camille Virot (artiste, céramiste).

10:10 – Les designers rêvent-ils de façon éclectique ? Frédéric Frédout (designer).

10:50 – Pause

11:15 – Des objets ressuscités ou l’incarnation de la mémoire des migrants ubayens de retour au pays. Hélène Homps (Musée de la Sapinière, Barcelonnette).

11:55 – Faire et défaire le passé du présent. La conservation des papiers de famille dans la vallée de l’Ubaye (Provence alpine). Valérie Feschet (Aix-Marseille Université, IDEMEC).

12:35 – Pause déjeuner.

 

 

Après-midi (modérateur : Cyril Isnart)

14:00 – Destins contemporains des statues habillées de la vierge. Marlène Albert-Llorca (Université Jean Jaurès).

14:40 – De décombres en souvenirs. Archéologie du déchet industriel et anthropologie de la mémoire familiale. Thierry Bonnot (CNRS, IRIS).

15:20 – Débat final. Modérateur : Antonin Chabert (Musée de Salagon).

15:45 – Clôture par Christian Hottin (Ministère de la Culture et de la Communication, Département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique).

16:15 – Fin de la session

Programme et formulaire d’inscription en fichier-joint pdf

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