CFP (Ré)appropriation des savoirs : Acteurs, territoires, processus, enjeux. Colloque international 19-20 mai 2016 Université Paris 7 Denis-Diderot

(Ré)appropriation des savoirs

Acteurs, territoires, processus, enjeux

19-20 mai 2016

Université Paris 7 Denis-Diderot

 (in english below)

Les recherches actuelles sur les élaborations, circulations et usages des savoirs insistent sur l’hybridité de ces constructions, les multiples phénomènes d’emprunts et de recompositions qu’ils mettent en œuvre, et permettent de sortir d’oppositions, parfois un peu simples, entre des savoirs qui seraient scientifiques et des savoirs dits traditionnels ou encore autochtones La notion de transfert, dépassant celle d’acculturation ou d’emprunt (M. Espagne, Werner, L. Turgeon et D. Delage)  a souvent été mobilisée pour rendre compte de ces processus. Elle permet en effet d’interroger la circulation de tout type de savoir, par des acteurs variés, et leur transposition en des contextes différents. Toutefois, elle peut tendre à présupposer une forme de permanence ou d’autonomie de ces savoirs et savoirs faire ce qui conduit, parfois, à une étude des circulations dissociée des acteurs qui les produisent, et des contextes, tant spatiaux que temporels, qui y impriment leur marque, en recomposition perpétuelle dans des configurations variées. Ainsi, malgré des situations asymétriques et de domination parfois très fortes, sur de vastes échelles, le processus de mondialisation ne conduit pas forcément à une uniformisation des formes de savoirs : comme l’analyse Arjun Appadurai, c’est précisément cette tension entre homogénéité et hétérogénéité qui définit la complexité des situations globalisées. Les contrastes qui en ressortent invitent à s’intéresser plus précisément à la diversité et aux multiples processus de transformations en oeuvre. Les processus d’homogénisation, de reprise de schémas valorisés ou les tendances à la standardisation, aussi bien, au contraire, que le fourmillement des inventions, des créations nouvelles ou des recompositions nous conduisent à interroger la validité des concepts d’appropriation et de ré-appropriation comme support et filtre de compréhension. Un effort de contextualisation s’impose également, replaçant les phénomènes les plus récents dans la longue durée et mesurant l’ampleur, voir la réalité, d’une rupture proprement contemporaine.

Nous nous proposons de réfléchir dans le cadre de ce colloque, à partir de situations précises, sur le concept d’appropriation ou de réappropriation de savoirs et de savoir-faire, en centrant les analyses sur le point de vue des acteurs, leurs engagements, leurs visées et objectifs, en s’intéressant au pouvoir d’initiative et aux stratégies qu’ils déploient dans la production et l’usage des savoirs. Il sera moins question de réception que de (ré)appropriation de savoirs ou de pratiques par des acteurs, individuels ou collectifs. L’objectif n’est pas de figer la définition de ces processus de (ré)appropriation, mais d’envisager ces notions d’un point de vue méthodologique et heuristique. Nous nous proposons de repérer qui et quels sont les acteurs impliqués mais aussi d’examiner les processus repérables à travers leur épaisseur ou leurs dynamiques.

La journée d’étude d’avril 2015, organisée par l’axe « Constructions et usages des savoirs » du CESSMA, a porté sur des thématiques variées, concernant des faits sociaux, culturels, y compris linguistiques, ou politiques. Les contributions ont dégagé un ensemble d’expériences et de situations concrètes, en contexte tant contemporain qu’ancien, en Asie, aussi bien qu’en Afrique ou en Amérique, y compris dans leurs relations avec le reste du monde.

L’objectif de ce colloque international est de  poursuivre la réflexion dans les directions suivantes :

La diversité des acteurs, singuliers ou collectifs, les coopérations ou compétitions entre eux, dans des contextes historiques, sociaux, spatiaux définis constitueront autant d’éléments placés au cœur des analyses. En quoi acteurs locaux, institutions, Etats, et organisations internationales se distinguent-ils, conjuguent-ils leurs dynamiques ou entrent-ils en contradiction pour la captation, la maîtrise ou les bénéfices tirés de savoirs et savoirs faire ?

La notion même de savoir est en question dans notre problématique. La nature des savoirs envisagés sera donc très diverse, qu’il s’agisse des savoir-faire, de savoirs considérés comme « scientifiques », tant formels qu’informels, de savoirs dits « professionnels » ou  encore « traditionnels », qu’ils soient perçus comme populaires, lettrés, classiques ou savants. Les questions liées aux processus de patrimonialisation participent de cette réflexion. La convention Unesco sur le patrimoine immatériel de 2003 a en effet recomposé des normes qualifiées d’hégémoniques  et ouvert la voie à des processus nouveaux de reconnaissance de savoir-faire auparavant négligés, reconsidérant ainsi les notions d’appartenance, d’authenticité et de transformation. La formation  de nouvelles catégories de biens culturels a suscité de nouvelles modalités de légitimation, institutionnelles ou non, de l’autochtonie et contribué à l’émergence de nouveaux acteurs, qu’ils soient ancrés localement ou en diaspora, membres de la communauté ou chercheurs  (Bortolotto 2011, Tornatorre 2010 et 2011, ANR Fabriq’am).

Que signifie s’approprier, se réapproprier ou incorporer des savoirs ? Comment s’établit le rapport de l’observateur ou de l’apprenant à un savoir identifié ? Quelles méthodologies ou perspectives critiques  permettent d’identifier des savoirs existants mais non reconnus comme tels, dans la société d’origine ou dans la culture de l’observateur ? Y a-t-il là une question de positionnement théorique et pratique, posant aussi la question de l’engagement idéologique ou politique des participants ou du chercheur autant que celle du détachement scientifique de l’observateur et analyste ?

On pourra ainsi s’intéresser à  tous les phénomènes de (ré)appropriation ou d’incorporation des savoirs et savoir-faire, issus de régions ou de cultures spécifiques, comme à tous les processus de fabrication ou de dépassement (pratique, critique), conduisant à des transformations de leurs signification et de leurs usages,  et porteurs d’éventuelles réélaborations ou inventions originales, Les différents langues et langages, en concurrence, juxtaposés ou en relations, les phénomènes de traduction et de transposition, les formes prosaïques ou littéraires de (ré)appropriation pourront constituer autant de question de recherche.

On sera attentif au rôle déclencheur des événements, des situations conflictuelles ou d’opposition et des crises dans les processus de (ré)appropriation. On suivra aussi les circulations de ces savoirs et savoir-faire, de ces (re)créations, dans la durée et dans l’’espace en posant la question des transmissions entre acteurs sociaux (individus, groupes, générations…) mais aussi des ruptures et des résurgences dans la transmission des savoirs. Les (ré)appropriations de savoirs conduisent-elles à faire table rase d’héritages, d’identités, de cultures ou procèdent-elles de recombinaisons plus subtiles ? Comment certains savoirs ou savoir-faire font-ils l’objet de réinvestissements, de «redécouvertes » et, à cette occasion, de réinterprétation ou de réinvention ? Quelles ruptures et résurgences s’opèrent-elles dans le processus de transmission ou de perpétuation des savoirs ?

L’appropriation des savoirs n’a pas nécessairement de finalité purement intellectuelle, culturelle ou scientifique. Il convient donc de s’interroger sur les intérêts poursuivis par des acteurs se (ré-)appropriant des savoirs : pour quelles finalités et quels usages ? Dans quelle mesure la (ré)appropriation de savoir participe-t-elle à la construction d’identités culturelles et sociales dans le cadre de systèmes de valeurs ? En quoi peut-elle servir des objectifs de valorisation individuelle ou collective, qui incluent la recherche de l’efficacité ou de légitimités, et qui visent la quête de bénéfices symboliques ou réels, dans le jeu des positions et des rôles sociaux comme dans les domaines du pouvoir et de la communication ?

On s’interrogera aussi sur les effets, parfois non désirés, des (ré)appropriations de savoirs, en fonction de la position relative des acteurs, selon qu’ils sont en position dominante ou minoritaire, qu’ils se situent dans une relation de dépendance, d’aliénation ou d’autonomie. Dans quelle mesure les processus de (ré)appropriations apparaissent-ils subversifs ou dangereux, exacerbent-ils des formes de concurrences, ou sont-ils perçus comme inaboutis, illégitimes en tant que signe de reniement d’une identité ou d’une culture supposée originelle ? Transforment-ils et comment le rapport de l’acteur individuel ou collectif à soi et au monde ?

Les propositions de communication (3 000 signes) préciseront le terrain et la période à partir desquelles la réflexion sera élaborée ; elles pourront envisager l’un ou plusieurs des aspects évoqués ci-dessus ou adopter une perspective originale, en lien avec la thématique du colloque.

Les propositions peuvent être formulées en français, en anglais ou en espagnol. Elles sont à adresser avant le 10 décembre à Appropriation.savoirs@gmail.com

Les réponses du comité scientifique seront communiquées le 15 janvier 2016.

Les langues de communication pendant le colloque seront le français, l’anglais et l’espagnol (dans ce cas, un résumé de deux pages de la communication, en français ou en anglais, sera aussi demandé.

 

The (Re)appropriation of Knowledge and Know-how

 Actors, Territories, Processes and Issues

Current research on the elaboration, circulation and usages of knowledge forms has focused on the hybrid nature of these constructions and the various ways of borrowing and re-composition used by them. It has tended to oppose, at times in a rather simplistic manner, supposedly scientific forms of knowledge and those that are seen as being traditional or indigenous ones. The notion of knowledge transfer, extending beyond that of acculturation or borrowing (M. Espagne, Werner, L. Turgeon et D. Delage), has often been employed to explain this process. Although this does in effect enable us to question the circulation of all types of knowledge by different actors and their transposition in varied contexts, it may tend to assume some sort of permanence or autonomy of these knowledge forms. This may at times lead to a study of circulation that is dissociated from the actors who implement it, as well as the ever modifying contexts, both spatial and temporal ones, in which it occurs, and which leave their mark upon it. Thus, in spite of often strong and large scale situations of asymmetry and domination, the process of globalization does not always lead to a standardization of knowledge forms. As Arjun Appadurai has demonstrated, it is this very tension between homogeneity and heterogeneity that defines the complexity of globalised situations. The emerging contrasts call for an in depth analysis of the multiplicity of the procedures of transformation that are at work. The process of homogenization or the tendency towards standardization, as well as the numerous inventions, new creations or re-compositions lead us to question the validity of the concepts of appropriation and re-appropriation as means of comprehension. The issue also needs to be contextualized, and recent phenomena need to be observed on a long term basis while testing the magnitude, indeed the reality of what we call the present day rupture.

It is our intention, in this conference, to reflect upon the concept of appropriation or re-appropriation of forms of knowledge on the basis of specific situations. We shall carry out this analysis from the point of view of the actors, their involvement, their aims and objectives, while examining their agency and the strategies that they make use of in the production and use of knowledge. It shall be less a question of reception than that of (re)appropriation of knowledge and practices by the actors, both on an individual as well as on a collective basis. The purpose is not to fix the definition of these processes of (re)appropriation, but to envisage these notions from a methodological and heuristic point of view. We intend to determine not only who or what are the actors involved but also to examine the emerging processes and their dynamics.

In this respect, a one day workshop was organized in April 2015 by the members of the research group « Constructions and usages of knowledge forms » of CESSMA during which various themes linked to social, cultural, linguistic or political phenomena were studied. The participants focused upon a wide array of issues and concrete situations, both contemporary and past, in Asia, Africa and America as well as their ramifications upon the rest of the world.

The aim of this international conference is to pursue the reflection on these topics while focusing our attention upon the following points:

The multiplicity of the actors, both individual as well as collective ones, their  mutual collaboration or competition, and the historical, social and spatial context within which they act shall be at the core of the debate. How do local actors, institutions, governments and international organizations coordinate their dynamics or indeed contradict themselves in the process of adapting, mastering or benefitting from various forms of knowledge? The very concept of knowledge forms is central to our debate. A wide range of these shall therefore be studied, whether it is know-how seen as being “scientific” – both formal and informal – “professional” or indeed “traditional”, popular, classical or erudite ones. Questions linked to the process of heritage designation shall be an integral part of this reflection. The 2003 UNESCO convention on intangible heritage has reformulated erstwhile norms and opened the way for acknowledging hitherto neglected forms of knowledge, thus reconsidering notions of ownership, authenticity and transformation. The creation of new categories of cultural property has led to the emergence of new modalities in terms of legitimization of indigenousness, whether institutional or not, while at the same time contributing to the emergence of new actors, both locally present or belonging to diasporas, community members or researchers (Bortolotto 2011, Tornatorre 2010 et 2011, ANR Fabriq’am).

What exactly is meant by the appropriation, re-appropriation or incorporation of knowledge forms? How is the relationship between an observer or a learner and a known form of established knowledge? What are the methods or critical perspectives that enable us to identify knowledge forms that exist but are not recognized as such within their society of origin or within the culture of the observer? Is this a matter of theoretical or practical positioning, or one of ideological or political involvement on the part of the participants or the researcher as much as that of the scientific detachment of the observer and analyst?

 

We could thus examine all the phenomena of (re)appropriation or incorporation of knowledge forms, emanating from specific regions or cultures, as indeed the processes leading to the transformation of their meaning and usage, thus bringing about their possible re-elaboration and re-invention. Different languages, whether juxtaposed or co-related, techniques of translation or transposition as well as prosaic or literary forms of (re)appropriation could also constitute possible lines of research. Particular attention will be paid to the role that specific events, situations of conflict and crises may play in the process of (re)appropriation. We shall also follow the circulation of these forms of knowledge over time and space and look at not only how they are transmitted amidst social actors (individuals, groups and generations) but also at how ruptures and resurgences can occur in the process of transmission. Does the (re)appropriation of forms of knowledge necessarily lead to the wiping out of heritages, identities and cultures or does it bring about the emergence of more subtle re-combinations. How are certain knowledge forms subject to reinvestment and rediscovery and, when this occurs, to reinterpretation or reinvention? What kind of rupture and resurgence occurs in the process of transmission of perpetuation of knowledge forms?

The appropriation of knowledge forms does not necessarily have to be towards purely intellectual, cultural or scientific ends. It is therefore essential to determine the purpose and the motives for which actors (re)appropriate knowledge forms. To what extent does this (re)appropriation bring about the construction of cultural and social identities in a value based system? How can it serve the objectives of individual or collective valorization, including the quest for efficiency or legitimacy aimed at attaining symbolic or real benefits, in the arena of social hierarchy, power and communication?And finally, we shall also dwell upon the (at times undesired) consequences of this appropriation, depending upon the relative positions of the actors, whether they occupy a dominant position or a subaltern one, whether they are linked by relations of dependence, alienation or of autonomy. To what extent do the processes of (re)appropriation appear subversive or dangerous, do they aggravate forms of mutual competition, or are they perceived as unsuccessful and illegitimate, being signs of the renunciation of a supposedly original identity or culture? Do they transform – and if they do, how – the relationship that individual or collective actors share with themselves and with the rest of the world?

Your proposals (3000 characters) should specify the perspectives and the field from which you plan to analyze the subject as well as the period under study. They may adopt one or several of the viewpoints enumerated above or may follow any other original approach related to the theme of the conference. Your proposals may be written in French, English or in Spanish and should be sent by 1Oth December 2015 to the following :Appropriation.savoirs@gmail.com

The decisions of the scientific coordination committee shall be communicated by 15 January 2016. The papers can be presented in French, English or in Spanish (in the latter case a two page résumé of the talk, written either in English or in French will be required).

Comité scientifique :

Anath ARIEL DE VIDAS, EHESS CERMA

Françoise BOURDARIAS, CITERES / CESSMA,

Anna CAIOZZO-ROUSSEL Paris Diderot, ICT

Marie CHOSSON, INALCO, CESSMA

Dominique COURET, IRD, CESSMA

Alexandra GALITZINE LOUMPET, CESSMA

Hans Peter HAHN, Goethe Universität, Frankfurt/Main, Institut für Technologie

Harit JOSHI, INALCO, CESSMA

Mina KLEICHE-DRAY,  IRD, Paris Descartes, CEPED

Daniel NEGERS, INALCO, CESSMA

Frédéric OBRINGER, EHESS CECMC

Fabrizio SPEZIALE, Mondes iraniens et indiens, Paris Sorbonne nouvelle, CNRS

Marie-Albane de SUREMAIN, UPEC, CESSMA

Mahamet TIMERA, Paris-Diderot, URMIS ?

Anne VIGUIER, INALCO, CESSMA

Céline WANG, Paris-Diderot, CESSMA

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