CFP: Héritage religieux et patrimoine culturel religieux. Différences et affordances, ACHS 2016, Montreal

Association of Critical Heritage Studies

Third Biannual Conference

Montreal, Canada, June 7-10 2016

Héritage religieux et patrimoine culturel religieux. Différences et affordances 

Organisation : Cyril Isnart (CNRS-IDEMEC, isnartc@gmail.com) et Nathalie Cerezales (Université Paris I, nathalie.cerezales@gmail.com)

Dans la tradition occidentale, le patrimoine culturel trouverait ses fondements « dans le concept chrétien de l’héritage sacré de la foi » (Babelon & Chastel, 1994), dont la conservation des objets religieux sous l’Antiquité et le culte des reliques seraient les prémices. Posant alors le principe du « transfert de sacralité », on emprunta le vocabulaire et les techniques du premier pour construire le second, qualifiant ainsi le fait patrimonial comme le culte laïc des productions humaines. Le sacré religieux et le sacré patrimonial seraient ainsi deux modes de relation de l’homme à la transcendance (Dormaels & Berthold, 2009).

Mais ces analyses, porteuses d’une charge symbolique puissante voir aveuglante, ont peut-être effacé l’autre dimension de toute religion en action : les liens, les hiérarchies, les oppositions et les coopérations que le culte établit entre les hommes sous la forme de l’héritage collectif. Les croyants forment une lignée (Hervieu-Léger, 1999), se remémorent un passé (Halbwachs, 1950, Assmann 2003) et se transmettent des valeurs et des objets (Grabnur 2001, Godelier 2006). Que le patrimoine culturel reprenne les logiques de l’héritage religieux est difficilement contestable, mais que sait-on au juste de l’étrange superposition qui nait lorsque advient la catégorie de « patrimoine culturel religieux ».

Face à l’extension du champ patrimonial du religieux (Paine 2013), ce workshop permettra de s’interroger sur ce que la prise au sérieux de l’héritage religieux change dans notre analyse du fait patrimonial. Il voudrait ainsi analyser la spécificité et la pertinence de la catégorie « patrimoine culturel religieux » et partant renouveler son étude, en dépassant le paradigme du « transfert de sacralité ».

On pourrait distinguer trois domaines d’interrogation, qui ne sont ni exclusifs, ni restrictifs.

  1. Le rôle identitaire du patrimoine religieux. Qu’il soit matériel ou immatériel, le patrimoine religieux a joué un rôle primordial dans l’identification du patrimoine culturel national et dans la construction de la nation, en Occident comme dans les territoires et les contextes post-coloniaux. Il joue également un rôle particulier dans les mouvements de résurgence communautaire et de reconnaissance ethnique. Il constitue l’un des moyens de s’identifier et de se définir, non plus seulement en tant que groupe, mais aussi par rapport aux autres. Comment la triade patrimoine/religion/identité, restée souvent impensée, se configure-t-elle ?
  2. La patrimoine comme pratique pieuse. Il sera question d’interroger la patrimonialisation comme nouvelle pratique religieuse. En effet, parallèlement à la baisse de la pratique en Occident, on assiste à la naissance d’institutions confessionnelles dédiées au patrimoine religieux, à un renouvellement des usages touristiques des rites et des édifices sacrés, et à un remploi du patrimoine ancien par de nouveaux mouvements religieux. Comment évaluer ces dynamiques entre une standardisation, une déspiritualisation ou une multiplication créative des rapports au religieux contemporain ?
  3. Les dispositifs du patrimoine religieux. Le patrimoine culturel religieux englobe une série de manifestations matérielles, dont l’existence est parfois indexée sur les usages touristiques, patrimoniaux, économiques ou spirituels qu’elles contribuent à créer. Il s’inscrit, comme par le passé, dans un circuit de consommation qui dépasse le cadre étroit du pèlerinage et de la dévotion. Sa spectacularisation semble être un moyen de rassembler ou d’intéresser bien au–delà du groupe de fidèles. Qu’est-ce que la présence d’un édifice, d’un rituel ou d’un objet dans un contexte non religieux produit sur ses dimensions proprement religieuses ?

À l’aide d’exemples précis et de contributions (en français et/ou en anglais) issues de diverses disciplines (histoire, histoire de l’art, sociologie, géographie, anthropologie), périodes et de cadres géographiques variés, le workshop souhaiterait ainsi analyser les pratiques de patrimonialisation, de muséification, ainsi que lesnégociations et les (re)qualifications du fait religieux et interroger les limites, parfois poreuses, entre religion et patrimoine culturel.

Votre proposition doit être soumise en ligne avant le 1er novembre 2015 et contenir un résumé de 600 mots et une notice biographique.

Toutes les propositions seront évaluées par le comité scientifique du congrès.

https://achs2016.uqam.ca/secure/submitAbstract.php

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