Workshop: Demi-journée d’étude de Frabriqu’am – 25 juin 2015 – Circonscrire le patrimoine : chercheurs, professeurs amérindiens, chamanes et autres acteurs de la recherche patrimoniale

Demi-journée d’étude ANRFABRIQ’AM – La fabrique des “patrimoines” : Mémoires; savoirs et politique en Amérique indienne aujourd’hui

Circonscrire le patrimoine : chercheurs, professeurs amérindiens, chamanes et autres acteurs de la recherche patrimoniale

Jeudi 25 juin 2015
Univ. Paris Ouest Nanterre la Défense
de 9h30 à 15h30, bât. de la MAE, salle 308 (3e étage)

Les pratiques de patrimonialisation de biens tangibles et intangibles ont contribué au développement d’une série d’actions indigènes de recherche et de mis en valeur des patrimoines amérindiens. Cet atelier s’interrogera sur la place, le rôle et les activités de ces ‘nouveaux’ spécialistes des ‘cultures’ amérindiennes.

Face à un sentiment d’insécurité quant à la continuité socioculturelle qui ne date pas d’aujourd’hui, différentes populations amérindiennes cherchent à s’assurer de la transmission de leurs pratiques culturelles et de leurs ‘traditions’. A travers l’élaboration des pratiques propres de transmissions et de registre, ou par la participation dans des démarches missionnaires, politiques, éducatives et scientifiques, plusieurs populations entament un processus réflexif sur leurs ‘cultures’ et leurs ‘traditions’. Si ce processus n’est pas nouveau, il a été récemment catalysé par des actions politico institutionnelles comme les programmes nationaux et internationaux (UNESCO) de patrimonialisation des biens tangibles et intangibles, les programmes d’éducation multiculturelle et plurilingue, les programmes de développement économique et du tourisme. Fortement liée à l’évolution politique et juridique des droits autochtones, les populations amérindiennes se penchent de plus en plus sur leurs pratiques culturelles à fin de les identifier, de les circonscrire, de les registrer et de les transmettre. Les modes de transmission ainsi que les contenus transmis varieront fortement selon le public à qu’il se dirige – de la parenté proche, passant par ‘l’ethnie’ et arrivant à la ‘communauté internationale’.
Dans ce contexte ont voit émerger des nouveaux spécialistes culturels, des acteurs fortement engagés dans cette démarche réflexive : des professeurs et chercheurs indigènes, des chamanes, des intellectuels, des leaders communautaires, des guides touristiques, des artistes… C’est ce qu’on voit par exemple au Brésil. Dans deux démarches politico institutionnelles distinctes, mais fortement associées, dans la politique d’éducation multiculturelle et plurilingue et dans les programmes de patrimonialisation culturels (à niveau national comme ce promu par l’Institut du patrimoine historique (IPHAN) ou international comme ce de l’UNESCO), la formation de ‘chercheurs amérindiens’, qui réaliseront la recherche sur leur propre culture est fortement recommandée et est devenue pratique courante des programmes. Prenons par exemple le cas de l’éducation multiculturelle et plurilingue. Dans la quasi-totalité des formations des maîtres indigènes la constitution du stagiaire en chercheur de sa propre culture et langue et devenue une pratique institutionnalisée. Un professeur amérindien sera, avant tout, un chercheur de sa propre culture. Et avec ses recherches il construira, en accord avec ‘la communauté’, les programmes d’enseignement scolaire. Une démarche très similaire peut-être retrouvée dans les activités liées aux programmes de sauvegarde des patrimoines intangibles, qui se reposeront principalement sur les recherches, les classifications et les catégorisations réalisées par les amérindiens, devenus ‘chercheurs de leurs cultures’.
Dans cette demi-journée d’étude nous nous proposons de nous pencher sur ces nouveaux acteurs pour réfléchir sur la place, le rôle et les activités de ces ‘nouveaux’ spécialistes culturels (soit ils institutionnalisés ou pas). Nous chercherons à décrire et à réfléchir sur ce que les chercheurs amérindiens font ; comment ils le font ; pourquoi ils le font ; à qui ils le font ; et quand ils le font.
Quelle est la compréhension amérindienne du statut de chercheur ? Quelles fonctions, méthodologies et interprétations sont attribuées par les amérindiens à leur recherche ? Quel type de production est généré ? Sur quels supports ? Envers quels publics ? Quelle place institutionnelle et politique à ces acteurs (local et extra localement) ? Ce sont des exemples de questions qui seront débattues lors de cette demi-journée.
Programme

10h-10h30 ─ Chan Vun : Apprendre le livre

• Rocio Noemi M. Martinez – Fcs/Universidad Autonoma De Chiapas
Le verbe chanel signifie en langue maya tsotsil : « apprendre »1. Chano dans la conjugaison à la première personne veut dire « j’apprends ». Dans cette présentation je réfléchirai sur ce que chan vun « apprendre le livre » (qui définit les fonctions de l’écriture et de la lecture de signes alphabétiques), signifie pour les peuples maya tsotsil, où la connaissance (leur patrimoine culturel), est habituellement transmise par diverses formes d’oralité et des techniques du rituel. Il est nécessaire de se rappeler que le système d’écriture en supports fixes, comme chez les anciens mayas, était syllabique et non alphabétique. Il était aussi complémentaire de la pictographie, de l’idéographie et des signes phonétiques, inscrits sur les stèles, la peinture murale, les codex, la céramique, entre outres. Dans ces cas les signes équivalents à l’écriture (qu’aujourd’hui on étudie dans la discipline de la épigraphie) ne transmettaient pas les mêmes signifiances que celles du langage iconique. Le système colonial a détruit beaucoup des formes de transmission des peuples autochtones comme celui de l’écriture maya. Toutefois ils restent dans la mémoire rituelle et dans les langages expressifs (de l’oralité), plusieurs formes qui constituent des système pastellistes d’énonciation et de transmission, que l’on peut nommer “patrimoniales”.
1. Xchanel c’est la traduction d’enseigner, toujours liée à la formule: apprendre.

10h35-11h05 ─ Nouvelles méthodes de recherche engagée autour du patrimoine mésoaméricain

• Karla Janiré Avilés González-Labex EFL Paris 7 – PRES Sorbonne Paris Cité / EREA
Cette communication vise à présenter et à s’interroger sur les nouvelles approches de recherche autour du patrimoine, tout particulièrement des langues et des cultures nahuas du Mexique, afin d’éviter les conséquences ethnocides liées à une certaine recherche appliquée de manière directive (advocacy). Ces nouvelles approches, prenant en compte le contexte politique actuel des revendications indigènes, partent d’une attitude réflexive et critique du rôle du chercheur (Bordieu 1994). Elles tiennent également compte des idéologies, des attentes et des agendas des communautés / acteurs impliqués (Avilés González 2009).
De la préservation de la culture tangible (ex. sites archéologiques) à la revitalisation des langues et cultures mésoamérindiennes en risque d’extinction, la recherche engagée via ces nouvelles méthodes va au-delà de l’institutionnalisation folklorique du patrimoine culturel ou de sa préservation sous forme d’archives (Léonard et Avilés González sous presse). Elle cherche à mettre en valeur l’héritage culturel et à contribuer à sa réactivation. Le chercheur agit comme acteur d’un aménagement culturel co-participatif. Ce qui, d’un côté, remet en question le postulat méthodologique de neutralité du positivisme classique, et de l’autre, fait émerger les questions suivantes : qui fait quoi ? pour quoi ? pour qui ? et comment ?, aussi bien chez les acteurs locaux qu’au sein du monde académique.

11h10-11h40 ─ Approche épistémologique de savoirs amérindiens (piémont bolivien)

• Francis Ferrié – docteur en Ethnologie par Paris X- Nanterre
Qu’est-ce qu’un chercheur ? Le champ lexical occidental du terme, qui recouvre tant investigateur que savant, est-il pertinent dans un contexte d’ethnogenèse amérindienne sur le piémont bolivien ? Dans le sens très large d’investigateur, le terme conviendrait sans doute aux entrepreneurs de la renaissance ethnique du peuple Leco, qui fit appel à des domaines professionnels aussi variés qu’avocat, juriste constitutionnel, historien, géographe, linguiste, anthropologue, agronome, zoologue, spécialiste de l’environnement, économiste, politicien et lobbyiste. Alors que sous l’acception savant, il correspondrait plus au curandero (médecin, expert religieux), dont la connaissance chamanique est consultée par tous.

11h45-12h15 ─ An indigenous research as equivocation – An experience among the Guarani-Mbya

• Joana Cabral de Oliveira – Post-doctorat à l’Université de São Paulo et à l’UniversitE d’Oxford
This paper is supported by an experience of researcher training among the Guarani-Mbya people (an amerindian group, speakers of a Tupi-Guarani language). This presentation aims to discuss ethnographically how different modes of knowing and conceive the knowledge emerged from this process. The notion of equivocation, borrowed from Roy Wagner and Eduardo Viveiros de Castro, can help us to understand how this kind of context (that involves cultural policies of Brazilian State, guarani people and their demiurges, a NGO and anthropologists) enables different knowledge theories come out.
Traduction (l’intervention sera faite en anglais) :L’intervention analyse l’expérience de formation à la recherche des amérindiens Guarani-Mbya (locuteurs d’une langue Tupi-guarani). La présentation vise à réfléchir d’un point de vue ethnographique aux modes des connaissances et à la connaissance émergée dans ce contexte de formation. La notion d’équivoque (équivocation) de Roy Wagner et Eduardo Viveiros de Castro à l’appui on cherche à comprendre la contribution du contexte (les politiques culturelles de l’Etat brésilien, le peuple guarani et leurs démiurges, et les anthropologues des ONG) à la mise en évidence de différentes théories de connaissance.

12h20-12h50 ─ Le Ngenpin (maître de la parole) et l’artiste contemporain : deux nouvelles formes d’expression de la transmission de la culture et du patrimoine Mapuche (Chili-Argentine)

• Ana Guevara – doctorante LAS/EHESS
Lors de cette intervention, je souhaite mettre en évidence quelques éléments de deux parcours très différents, mais qui finalement peuvent se voir comme faisant partie du processus réflexif que deux acteurs Mapuche ont sur leur culture, leurs traditions et leur patrimoine.
Le premier, artiste contemporain, Francisco Huichaqueo, veut rendre visible la culture Mapuche au travers d’un art « engagé ». Cette forme d’expression permet, à partir d’un regard autochtone, de démontrer et d’exprimer par d’autres moyens, les aspects conflictuels auxquels sont confrontés les mapuches d’aujourd’hui.
Le deuxième exemple est celui du Ngenpin ou maître de la parole (rôle traditionnel à caractère spirituel). Il participe notamment au rituel le plus important des Mapuche, le Nguillatun et est censé transmettre les traditions du riche patrimoine Mapuche. De nos jours, un Ngenpin peut s’autoproclamer et comme dans ce cas devenir consultant et médiateur en tradition Mapuche, tant au niveau national (Chili) qu’à l’international.

Discussion finale

 

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