Workshop: 16 avril “Patrimonialisation et migration”, Fabriqu’am

Journée d’étude FABRIQ’AM

« Patrimonialisation en situation de migration »
16 avril 2015
Université Paris Ouest Nanterre la défense – MAE, salle 308

Programme

9h – 9h30 Accueil des participants autour d’un café

9h30 introduction (S. Pédron-Colombani)
9h45 Christian Rinaudo : « Son jarocho entre Mexique, Etats-Unis et Europe : acteurs, circuits et enjeux de la patrimonialisation réticulaire d’une pratique culturelle transnationale.»
10h30 Sylvie Pédron Colombani : « San Simón aux Etats-Unis : processus de patrimonialisation d’un saint populaire guatémaltèque dans le cadre de la migration internationale. »
11h15 Aurélie Condevaux : « Migrations et requalifications patrimoniales : le cas des pratiques esthétiques polynésiennes (Tonga/ Nouvelle-Zélande) »

12h discussion générale

12h30 pause déjeuner sur place autour d’un buffet

13h30 Anna Perraudin : “Dévalorisations et revalorisations d’un patrimoine ethnicisé : les poupées artisanales otomis”

14h15 Charlotte Pescayre : « Maroma et migration : construire un réseau patrimonial. »

15h discussion générale

15h30 fin de la journée

Résumés des communications :

Aurélie Condevaux (Université de Tours, EIREST (EA7337)/associée au CREDO (UMR 7308) : « Migrations et requalifications patrimoniales : le cas des pratiques esthétiques polynésiennes (Tonga/ Nouvelle-Zélande) »

Les pratiques musicales et dansées dites « polynésiennes » font l’objet de circulations et d’ « emprunts » à l’échelle du Pacifique. Ce phénomène, qui est loin d’être nouveau, est exacerbé aujourd’hui par le nombre grandissant de festivals, la mise en tourisme des cultures, et par la mobilité des acteurs eux-mêmes (du fait notamment d’une émigration forte des petites nations insulaires vers les puissances économiques du pourtour du Pacifique). En fonction des contextes dans lesquels elles sont exécutées, ces pratiques esthétiques revêtent des significations différentes. Ainsi, alors que sur la scène du Te Papa Tongarewa, le musée national néo-zélandais, les danses des archipels « polynésiens » sont incluses dans la définition d’un « patrimoine » national commun, elles ne représentent guère plus pour les Tongiens qu’une forme de divertissement exécuté dans des contextes hôteliers, pour les touristes (Tonga est un royaume indépendant du Pacifique sud). Cette communication propose de mettre en lumière les enjeux politiques et identitaires qui permettent d’expliquer ces changements de signification et en particulier la requalification de ces pratiques esthétiques comme « patrimoine » dans certains contextes. Cette réflexion s’appuiera sur des données recueillies en Nouvelle-Zélande et à Tonga entre 2008 et 2013.

Sylvie Pédron Colombani (Université Paris Ouest Nanterre La Défense – EREA/LESC) : San Simon aux Etats-Unis : processus de patrimonialisation d’un saint populaire guatémaltèque dans le cadre de la migration internationale.

San Simon est un des saints populaires qui ont gagné en visibilité au cours des dernières décennies dans certaines villes des Etats-Unis où la présence de migrants centraméricains est forte. Son culte, originaire du Guatemala et très ancré dans l’univers du catholicisme populaire et le monde indien maya des hauts plateaux guatémaltèques, s’est diffusé par le biais des migrations, internes au Guatemala dans un premier temps,  puis internationales –avec les flux croissants vers les Etats-Unis.

Dans le cadre de cette communication, nous allons explorer le processus de valorisation (patrimonialisation ?) dont il est l’objet depuis un certain nombre d’années dans la ville de Los Angeles. Son culte a quitté la sphère privée et est mis en scène dans des festivités publiques à caractère culturel. Nous porterons une attention particulière aux acteurs qui en sont responsables, à leur diversité, à la question des re-significations en jeu dans ce processus de patrimonialisation et à ses enjeux.

Le terrain nous amènera donc à considérer l’articulation entre patrimoine religieux et patrimoine culturel, à envisager la construction d’un patrimoine commun à une communauté de migrants centraméricains dans le contexte multiculturel de la ville de Los Angeles ainsi que ses enjeux politiques et identitaires.

Anna Perraudin (post-doctorante Labex-Med (CNRS/Aix-Marseille Université), rattachée au LAMES et à TELEMME) : “Dévalorisations et revalorisations d’un patrimoine ethnicisé : les poupées artisanales otomis”

La communication  s’intéresse aux réseaux de production et de vente de poupées artisanales en chiffon, au Mexique. Emblème national, cadeau souvenir typique du Mexique, les poupées sont aussi identifiées comme “poupées otomis”, en référence à l’origine de leurs productrices, provenant d’une même région indienne. Production et commerce des poupées sont des activités genrées et étroitement liées à d’importantes mobilités commerciales vers les villes mexicaines. Devenues intenses dans les années 1940 en raison d’une crise de l’économie agricole, les migrations internes perdurent jusqu’à aujourd’hui sous des formes plurielles et ont abouti à l’installation durable de plusieurs centaines de familles dans les principales villes mexicaines, dont la capitale Mexico. Or, dans le contexte urbain, les poupées – et plus spécifiquement les pratiques de vente – font depuis une vingtaine d’années l’objet d’une réception ambivalente par la société majoritaire, entre dévalorisation et revalorisation. Cette ambivalence est significative de l’ethnicisation des rapports sociaux, à l’oeuvre à Mexico et se répercute au sein du groupe indien, produisant des divisions nouvelles. De quoi les poupées otomis sont-elles le reflet? Quelle signification prennent-elles pour les vendeuses et leur groupe d’appartenance? Comment les productrices s’adaptent-elles afin de préserver des pratiques, et un objet conçu comme une image d’elles-mêmes? L’analyse s’appuiera sur une enquête ethnographique menée à Mexico au cours de plusieurs séjours, entre 2003 et 2015.

Charlotte Pescayre (LESC, UNAM) : « Maroma et migration : construire un réseau patrimonial. »

La maroma (corde épaisse utilisée par les marins) a donné son nom à une expression spectaculaire, rituelle et festive pratiquée par des groupes d’artistes-paysans indigènes et métis dans les régions rurales du Sud du Mexique. Le « spectacle » inclut des acrobates, danseurs de corde, clowns, trapézistes, musiciens, et s’effectue en général à l’occasion de festivités communautaires des régions d’Oaxaca (Mixteca Baja, Sierra Mixe, Costa Chica), Guerrero, Puebla et Veracruz.  Aujourd’hui, la maroma subit de multiples transformations dues aux relations que ses acteurs tissent avec des institutions culturelles et des cirques, et celle-ci s’insère désormais dans différents processus de patrimonialisation et de valorisation. L’impact de la migration (vers les USA et aussi les capitales nationales) sur cette pratique, déjà identifié par Luz María Robles Dávila (2008) sur la maroma mixtèque, a également engendré de nombreuses transformations. Il s’agira donc d’analyser  cet impact et la construction de cette pratique comme patrimoine itinérant. Les réseaux de maromeros qui se renforcent lors des rencontres annuelles de maromeros organisées par les institutions locales seront explorés afin de faire émerger les individus qui participent à la valorisation de la maroma (artistes, chercheurs, fonctionnaires, leaders). Aussi, nous évoquerons deux projets (Transatlancirque et Pasatono) qui ont contribué à la visibilisation, l’internationalisation et en quelque sorte à l’ « artification » de la maroma.

Christian Rinaudo (Université Nice Sophia Antipolis, Directeur adjoint de l’URMIS) : « Son jarocho entre Mexique, Etats-Unis et Europe : acteurs, circuits et enjeux de la patrimonialisation réticulaire d’une pratique culturelle transnationale.»

Défini comme un genre des composantes constitutives de l’héritage culturel mexicain. Au début des années 1970, quelques musiciens et universitaires ont commencé à questionner les dérives commerciales et folklorisantes de cette pratique, du « mouvement jaranero » (du fait de l’usage central de la jarana, petite guitare d’origine espagnole). Ce dernier va contribuer à l’émergence d’un discours patrimonial renvoyant à un passé mythique : celui des fandangos, fêtes traditionnelles dans et par lesquelles se transmet une mémoire collective commune. A partir des années 1990-2000, la collaboration entre la nouvelle génération de musiciens de Veracruz et le mouvement chicano aux Etats-Unis va multiplier les propositions de production d’une mémoire commune et développer un activisme social et politique qui, en s’articulant avec le mouvement zapatiste, constitue un des enjeux de la patrimonialisation d’une pratique qui se déploie désormais dans un champ social transnational.

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