Seminar: “Anthropologie et patrimoine, quoi de neuf ?” – Séance du 20 mars 15

Patrimoine et anthropologie, quoi de neuf ? 
Actualité d’un domaine de recherche

Séminaire du Centre Georges Chevrier, Université de Bourgogne

Sous la direction de Jean-Louis Tornatore

La prochaine séance :

Un patrimoine de l’immigration ?

Aura lieu vendredi 20 mars 2015 de 13h30 à 17h30 dans la salle de séminaire de la MSH de Dijon
(Attention modification de l’horaire)

(6, esplanade Érasme, 21000 Dijon)

avec

Noël Barbe (Drac de Franche-Comté et Cnrs, IIAC-LAHIC)

Un patrimoine de l’immigration ? Figures de l’immigré et démocratie patrimoniale

En contrepoint d’un précédent ouvrage collectif L’immigration aux frontières du patrimoine, dont le titre pourrait laisser à penser qu’il serait vertueux de constituer un patrimoine « de l’immigration », voire de l’inclure dans un grand récit national (dont on peut se demander s’il réfère à quelque démocratie si le but visé est le consensus), il s’agira ici d’examiner, considérant que le patrimoine est un rapport social, les relations au travail entre des jeux d’inclusion et d’exclusion lorsqu’il s’agit de traiter de la question migratoire dans certains processus patrimoniaux. Dans L’Histoire de la folie à l’âge classique Michel Foucault pointait le versant « positif » des processus d’exclusion, celui de l’organisation et de la catégorisation de valeurs et de personnages (p. 96). Ici, nous nous demanderons ce que les processus patrimoniaux d’inclusion produisent d’exclusion. Quelles figures de l’immigré mais aussi de l’autochtonie rêvée résultent-elles de l’inclusion du premier dans un patrimoine, une écriture ou une mémoire dont le projet est de qualifier un lieu ?

La réduction de l’altérité au même et au déjà-là -que ce soit du point de vue des qualités constituantes de l’une et de l’autre ou des relations par lesquelles dire l’une est le prétexte à dresser les caractéristiques de l’autre-  ne fait guère irruption démocratique. La production de l’homogène ressort plutôt de celle de l’ordre et ici la mise en patrimoine comme le dévoilement mémoriel sont policiers (Rancière). Restent quelques entreprises que l’on peut qualifier de praxis démocratique en ce qu’elles font entrer par effraction (Brossat) dans l’espace public des paroles  Mais alors faut-il parler là de « patrimoine de l’immigration » ou de la transmission en réflexivité d’une expérience politique ?

Noël Barbe est conseiller pour l’ethnologie à la direction régionale des Affaires culturelles de Franche-Comté et chercheur à l’Institut Interdisciplinaire d’Anthropologie du Contemporain. Ses travaux portent sur l’action patrimoniale, les politiques de l’art et l’histoire des savoirs anthropologiques.

 

Hélène Bertheleu (Université François Rabelais, Tours) et Véronique Dassié (Cnrs, IDEMEC)

Un patrimoine de l’immigration ? Entre engagements mémoriels et enjeux politiques

Parmi les phénomènes de patrimonialisation contemporains, l’immigration s’est imposée comme nouvel objet patrimonial depuis les années 2000, dans le sillage de la création de la CNHI. Les chercheurs se sont vus conviés à participer à son inventaire, sous l’impulsion du Ministère de la Culture (Barbe et Chauliac 2014). Entre des revendications mémorielles multiples et l’ambition politique de contribuer à la « nécessaire reconnaissance de la place des populations immigrés dans le destin de la République » (Toubon 2003), l’anthropologie s’est trouve propulsée à l’interface du politique et de la construction du savoir qui nourrit sa propre légitimité.

En voulant comprendre le paradoxe entre des engagements mémoriels nombreux mais épars et le constat d’un fort effacement des mémoires des migrations constituées, localement, nous avons rencontré une diversité d’acteurs, des « concernés » et des « initiés », tous confrontés aux enjeux politiques de publiciser des mémoires vues, souvent, comme peu légitimes. Suivant ceux qui disaient agir « au nom de la mémoire », nous avons exploré la portée de ces mobilisations individuelles et collectives, qui nous ont amenées des mémoires de quartier aux commémorations publiques, en passant par le projet éducatif, la création artistique, la manifestation religieuse, l’exposition temporaire, le musée associatif. Selon les situations, les traces recueillies pour être valorisées n’auront pas toutes le même destin : certaines mémoires vont rester confinées dans un cercle restreint, d’autres vont s’avérer politiquement « dicibles » dans l’espace public, parfois jusqu’à « faire patrimoine ».

Hélène Bertheleu est maître de conférences en Sociologie à l’université François Rabelais de Tours et membre de l’UMR CNRS 7324 CITERES (Cité – Territoire – Environnement- Société).  Ses recherches portent sur les relations interethniques et interculturelles, les politiques publiques en matière d’intégration et de discrimination, les formes d’expression citoyenne des « immigrés » dans l’espace public, la construction des mémoires et du patrimoine des migrations en France. Véronique Dassié est chargée de recherches au CNRS (IDEMEC, UMR 7307 Aix-Marseille-Université). Elle s’intéresse aux démarches conservatoires, instituée ou non, et aux enjeux de la mise en lisibilité publique des mémoires familiales. Ses recherches portent sur les engagements des individus dans ces démarches mémorielles et leurs effets dans les recompositions de l’agir politique.

Maria Helena Sant’Ana (Université de Santa Cruz do Sul, Brésil)
présentera sa recherche en cours :

Note ethnographique sur les “afro-descendants” et la quête mémorielle des mouvements noirs au sud du Brésil

On propose une approche ethnographique des « jeux mémoriels collectifs » qui se déploient au sein des nouvelles générations des militants noirs, dans la ville de Pelotas (État du Rio Grande do Sul), sous la forme d’actions esthétiques-politiques de quête de références « africaines. Dans un contexte brésilien de relations sociales racialisées, par l’invention de rituels politico-religieux se distinguant des moyens traditionnels des associations noires de la ville, ils visent un empowerment noir, c’est-à-dire la conquête d’une « politique du quotidien ».

Anthropologue et enseignante à l’Université de Santa Cruz du Sul (RS, Brésil), Maria Helena Sant’Ana est actuellement accueillie par le Centre Georges Chevrier dans le cadre d’une bourse doctorale.

Rappel des prochaines séances

10 avril – Que faire du patrimoine culturel immatériel ?

Aurélie Condevaux (EIREST, Université de Poitiers)
“Experts” et “communauté” dans la définition du patrimoine culturel immatériel : le cas du lakalaka tongien

Ellen Hertz (Institut d’ethnologie, Université de Neuchâtel, Suisse)
Reconnaissance, ambivalence, vengeance : le patrimoine culturel immatériel est une relation. L’expérience suisse.

29 mai – Le patrimoine devant le vivant

Isabelle Arpin (IRSTEA, Labex Innovation et territoires de montagnes, Grenoble)
La patrimonialisation des espèces dites remarquables. L’exemple du bouquetin.

Elise Demeulenaere (Cnrs, UMR Eco-anthropologie et Ethnobiologie, MNHN, Paris)
Patrimonialiser un paysage culturel vivant. Le cas des terrasses agroforestières konso (Ethiopie)

12 juin – Art, mémoire et patrimoine

Octave Debary (Université de Paris Descartes, IIAC-LAHIC)
L’art de se passer des objets : travail de mémoire et art contemporain.

Ariela Epstein (LISST-CAS, Université de Toulouse 2)
De la peinture murale à la ruine industrielle, un parcours en anthropologie politique des paysages uruguayens.

Renseignements : Jean-Louis Tornatore, jl.tornatore@free.fr,            / Éloïse Dreure, Eloise.Dreure@u-bourgogne.fr,

 

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