Workshop: Patrimonialisations à l’épreuve. Journée d’étude 18 juin 2014

Patrimonialisations à l’épreuve :

Appropriations, écarts, redéfinitions

18 juin 2014 I 10h-17h

Salle A, IRD

5 Rue du Carbone Université d’Orléans, 45100 Orléans

Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Inscription obligatoire pour le déjeuner au restaurant universitaire

Coordination scientifique : Caroline Bodolec, Gwenaëlle Fabre, Anne Fournier,  Alexandra Galitzine-Loumpet

Contact : gwenaelle.fabre@univ-orleans.fr     

Argumentaire :

Les reconfigurations des normes du patrimoine de ces vingt dernières années ont profondément bouleversé le paysage de la culture à l’échelle mondiale, notamment au travers de l’apparition de la catégorie du patrimoine immatériel et de nouvelles frontières entre les patrimoines naturel et culturel. Dorénavant tout est potentiellement patrimoine : biens meubles et immeubles de toutes périodes, territoires et écosystèmes, chutes d’eau et bois sacrés, danses, rituels, techniques, gastronomie ou pharmacopée, langues voire même histoires personnelles ou collectives. Toutes les institutions culturelles sont ainsi potentiellement chargées d’une mission patrimoniale au sein de structures renouvelées par l’émergence d’acteurs et de processus inédits, y compris dans les espaces virtuels. A des échelles diverses, les enjeux et tensions patrimoniales contribuent à la mise en place d’une géopolitique du patrimoine dans laquelle celui-ci devient instrument de soft power aussi bien qu’élément de politique locale, engageant de nouvelles relations entre États et acteurs nationaux, entre États et entre catégories d’acteurs. Dans chacun de nos terrains, en Afrique, en Chine, en Amérique du Sud ou dans le Caucase, nous observons les conséquences et les effets de ces «injonctions patrimoniales» qui passent aussi bien par des soumissions à la norme que par des écarts et des redéfinitions. Que provoquent ces nouvelles configurations ? Comment les «détenteurs de patrimoine» doivent-ils – ou peuvent-ils – se positionner face aux institutions dont ils ne maîtrisent pas toujours les codes? Comment se réapproprient-ils alors ce qui est considéré comme une identité culturelle et qui échappe au groupe ? Enfin, quels en sont les enjeux pour ce qui n’est pas a priori ou spontanément considéré comme du patrimoine – les langues, la mémoire historique etc.-  et qui tendrait à le devenir ?

L’objectif de cette première journée d’étude est, dans une perspective pluridisciplinaire et comparée,  de confronter et de mettre à l’épreuve des processus hétérogènes de patrimonialisation .

 

Programme

10h Ouverture et introduction : Gabriel Bergounioux (Directeur LLL, Université d’Orléans)  

10h. Les champs du patrimonialisable

Présidente de séance : Alexandra Galitzine-Loumpet (FMSH)

 

10h15. Gwenaëlle Fabre (LLL) Décrire une langue orale, est-ce patrimonialiser ?

  1.  Isabelle Thireau (CECMC) Découvrir le passé et en garder les traces qui importent : une initiative citoyenne à Tianjin.

11h15. Pause-café

11h45.  Anne Fournier (IRD/PALOC) Bois sacrés en Afrique de l’Ouest : que veut-on patrimonialiser ?

  1.  Anne-Marie Losonczy (EPHE) Circulation historique et patrimonialisations concurrentes de la boisson psychotrope ‘ayahuasca (‘yajé’) en Colombie, Brésil et Pérou.

12h45. Discussion générale

13-14h : déjeuner

 

14h. Tensions patrimoniales

Présidente de séance : Isabelle Thireau (CECMC)

14h15. Edwidge Traoré (INSS-CNRST/LLL) Le sɩ̀cànɛ́, un genre oral à patrimonialiser?

14h45. Caroline Bodolec (CECMC) Le patrimoine du Haut plateau de Loess (province Shaanxi) ; enjeux politiques et initiatives locales.

15h15. Pause-café

15h30. Taline Ter Minassian (INALCO) Le patrimoine arménien en Turquie : de l’anéantissement à l’inversion patrimoniale.

16h. Alexandra Galitzine-Loumpet (FMSH) De la surenchère patrimoniale : appropriations et réinventions dans l’Ouest Cameroun.

16h30-17h. Discussion générale/ Fin des travaux

 

Intervenants

Caroline BODOLEC est chargée de recherche au CNRS au sein du Centre de recherches sur la Chine moderne et contemporaine (UMR 8173 Chine, Corée, Japon). Ses champs de recherche portent sur le Patrimoine culturel immatériel en Chine et plus particulièrement sur le nord de la province du Shaanxi ainsi que sur l’histoire de la construction et l’anthropologie des techniques dans la Chine impériale et contemporaine. Elle a publié La voûte dans l’architecture chinoise, un patrimoine méconnu, (Maisonneuve & Larose, 2005). Elle est co-auteur d’un documentaire réalisé avec Elodie Brosseau intitulé Yaodong, petit traité de construction, 89′, EHESS & AnimaViva production qui a obtenu le Prix du Patrimoine culturel immatériel au 31e festival du Film ethnographique Jean Rouch en 2012.

http://cecmc.ehess.fr/document.php?id=1394

Gwenaëlle FABRE est maître de conférences à l’université d’Orléans et membre du Laboratoire Ligérien de Linguistique (UMR 7270 CNRS-Universités d’Orléans et Tours). Elle est spécialisée dans la description de langues négro-africaines (thèse sur le samba leko, une langue Adamawa parlée au Cameroun et au Nigeria, recherche en cours sur le sèmè, langue kru du Burkina Faso). Elle s’intéresse plus spécifiquement à la syntaxe et à la construction du sens et, plus globalement, à ce qui, au travers de l’analyse d’une langue (structuration du lexique et du système syntaxique en particulier) contribue à la connaissance de la communauté qui la parle.

Anne FOURNIER est écologue africaniste, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement dans l’UMR « Patrimoines locaux et gouvernance ». Son travail contribue à l’axe « Diversité biologique et diversité culturelle » de cette UMR. Elle cherche à identifier la part qui revient aux spécificités culturelles dans les transformations de la végétation liées à l’action humaine. Elle travaille actuellement sur les bois sacrés et les divers usages des plantes au Burkina Faso. Étant partie de questions d’écologie fondamentale, elle s’intéresse aujourd’hui à l’articulation entre dynamiques écologiques et représentations des sociétés locales, après avoir travaillé sur la jachère et le pâturage et dirigé une UR interdisciplinaire sur la conservation de la biodiversité dans des aires protégées. Derniers travaux : http://paloc.fr/index.php/component/sobipro/?pid=66&sid=85:FOURNIER&Itemid=0

Alexandra GALITZINE-LOUMPET est anthropologue. Longtemps MCF à l’Université de Yaoundé I, elle dirige actuellement le programme continental Afrique à la Fondation Maison des sciences de l’homme (Paris). Impliquée dans l’élaboration et la mise en place de différents musées au Cameroun,  elle étudie la culture matérielle et les processus de patrimonialisation, les représentations de l’altérité (épistémologiques, muséographiques), et depuis quelques années les objets de/en exil et notamment la culture matérielle des exilés. Parmi ses dernières publications : «L’embarras patrimonial. Mémoires croisées Galitzine/Pouchkine dans l’oussad’ba Viaziomy (Moscou)», in T. Ter Minassian (dir.), Architecture et patrimoine dans les Etats post-soviétiques, PUR 2013 ; «Exil(Objets)» à paraître dans Z. Bernd et N. Dei Cas (eds), Glossaire des mobilités culturelles (Peter Lang juin 2014) et «E-matériel : de la virtualisation du patrimoine au musée-signe ; exemples du Cameroun et du Gabon», (à paraître) Ethnologies .

Anne-Marie LOSONCZY est anthropologue, directeur d’études à l’EPHE  (Sorbonne) et professeur à l’Université Libre de Bruxelles, membre du laboratoire Mondes Américains-CERMA (CNRS-EHESS). et du LAMC (ULB).  Elle  a enseigné à l’Université de Barcelone, à l’Université Paris-X-Nanterre, et dirigé l’Institut d’Ethnologie de l’Université de Neuchâtel (Suisse.). Elle a été visiting profesor aux universités Nacional de Bogotà (Colombie), de Budapest (programme « Marie Curie » de l’EU) et récemment à Florianopolis  et Rio de Janeiro (Brésil). Auteur de trois livres  en français et en espagnol  et d’une soixantaine d’articles, ses terrains ethnographiques se situent d’une part en Hongrie et d’autre part en Colombie (groupes d’afro-descendants et sociétés locales multi-ethniques dans la Caraïbe colombienne, chamanisme et société des Indiens Emberà du Choco,) et Cuba (rituels de sanctification émergeants dans les zones urbains). Ses recherches récentes concernent les recompositions transcontinentales des pratiques rituelles, dites « chamaniques » dans de nouveaux milieux sociaux urbains dans une optique comparative.

Taline TER MINASSIAN est professeur d’histoire de la Russie et du Caucase à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales. Elle a publié  “Colporteurs du Komintern, L’Union Soviétique et les Minorités au Moyen-Orient” (Paris, Presses de Sciences Po 1997), “La civilisation soviétique de 1917 à nos jours, Genèse, Evolution, Métamorphose” (avec J.R. Raviot) (Paris, Ellipses, 2006)  ; “Erevan, La Construction d’une capitale à l’époque soviétique” (Rennes, Presses Universitaires de Rennes 2007); “Reginald Teague-Jones, Au service secret de l’Empire britannique” (Paris, Grasset, 2012) et “Patrimoine et architecture dans les Etats post soviétiques” (dir) (Rennes, PUR, 2013.

Isabelle THIREAU est sociologue, elle travaille sur la société chinoise aux XXè et XXIè siècles au Centre d’Etudes sur la Chine Moderne et Contemporaine (UMR 8173 Chine, Corée, Japon EHESS/CNRS). Elle a publié récemment avec Hua Linshan Les Ruses de la démocratie. Protester en Chine (Seuil, 2010) ainsi qu’un ouvrage collectif De proche en proche. Ethnographie des formes d’association en Chine contemporaine (Peter Lang, 2013).  Ses recherches portent actuellement sur la ville de Tianjin, située à 120 kms de Pékin. L’une des enquêtes menées concerne les actions entreprises par des résidents se présentant comme des « bénévoles » de la protection du patrimoine historique.

Edwige TRAORE est Ingénieur de recherche à l’INSS/CNRST au Burkina Faso, doctorante au laboratoire Ligérien de Linguistique (UMR7270 CNRS-Universités d’Orléans et de Tours-BnF). Son thème de recherche porte sur un groupe ethnique, les Senufo qui vivent à cheval sur le Mali, la Côte-d’Ivoire, le Nord-Ghana et le Burkina Faso. Elle s’intéresse particulièrement à un groupe de femmes senufo regroupé en confrérie et émettrices d’un genre oral chanté avec le hochet. Elle participe à un programme de recherche regroupant l’Université d’Orléans, le CNRST et la région Centre intitulé RADICEL-K. Elle a publié un article avec Gwenaëlle Fabre, «Initiation des filles en pays tagba : les rites à l’épreuve du changement», Hal, 2014.  Elle a plusieurs articles en préparation dont «La culture du développement, deux modèles différents pour penser le mieux vivre et le mieux être : Le cas de la France et du Burkina Faso».

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