CFP: Les collections de Muséums comme sources historiques

Appel à communications

Les collections de Muséums comme sources historiques :

Savoirs naturalistes, dynamiques environnementales

Rencontres  au MNHN –  13 et 14 novembre 2014

Problématique générale

En histoire des sciences, les pratiques et savoirs naturalistes, souvent étudiés comme éléments justifiant une politique expansionniste et impérialiste, s’analysent déjà au plan social, politique et même cognitif. Des recherches se développent aussi sur ces savoirs comme source d’une histoire des paysages ou d’une histoire de la médecine à partir des écrits des navigateurs, des médecins et chirurgiens de la marine, des missionnaires et de leurs intermédiaires locaux. A l’origine, le jardin royal des plantes médicinales de Paris avait une vocation avant tout thérapeutique et les savants de l’époque recherchaient toutes informations provenant des différentes parties du monde ouvertes à l’exploration avec les progrès de la navigation. C’est dans ce contexte qu’au xviiie siècle de grandes expéditions scientifiques rapportent des autres continents des échantillons divers (botaniques, zoologiques, minéralogiques, restes humains et artefacts) qui sont alors dispersés dans différentes collections. Parallèlement, le développement de réseaux d’échanges à différentes échelles entre scientifiques – reconnus ou non – et institutions muséales a grandement contribué à l’enrichissement des collections et au développement des connaissances.

Dans ce mouvement, il semble que l’Afrique soit restée marginale, par rapport aux Amériques ou à l’Asie. Ce « retard » peut être lié en partie aux traites des esclaves et au contrôle de l’intérieur du continent exercé par les pouvoirs locaux jusqu’au partage du continent entre les différentes nations européennes. Au xixe siècle, les explorations géographiques se multiplient pour la préparation des conquêtes coloniales, les connaissances sur l’environnement étant indispensables à la pénétration des armées. Certains des acteurs de la traite et de la colonisation ont aussi été des collaborateurs en matière de recueil et d’analyse d’objets et de savoirs médicaux, botaniques, forestiers, zoologiques etc.

Les collections des Musées d’histoire naturelle représentent des sources nouvelles en histoire environnementale comme en histoire des sciences ; elles sont susceptibles d’éclairer des aspects inattendus, ou souvent peu explicites, des pratiques de terrain des scientifiques et de leurs « collaborateurs ». Elles ne sont cependant pas suffisantes en elles-mêmes pour mener cette recherche à bien. Il est en effet nécessaire de contextualiser les indications livrées par les métadonnées accompagnant les objets des collections à partir des écrits (manuscrits, comptes-rendus aux sociétés savantes,…) des scientifiques et de collecteurs plus anonymes. Ces collections et les écrits associés peuvent servir à reconstituer l’élaboration des savoirs naturalistes et leur évolution duxviie au xxe siècle, en s’interrogeant sur la diversité des acteurs impliqués dans les collectes d’objets et d’espèces végétales ou animales.

Ces rencontres à visée exploratoire, organisées dans le cadre de l’Action Thématique du Muséum « Savoirs naturalistes, expertise et politiques de la biodiversité », s’articuleront autour des deux thèmes suivants :

1)    Voyages et constitution de savoirs et collections naturalistes

Il s’agit ici d’explorer les différents régimes de collaboration/participation à l’élaboration des savoirs naturalistes. Entre savants, voyageurs ou non, amateurs et intermédiaires locaux, les motivations et les parcours biographiques varient. Ces différents « statuts » aux limites fluctuantes pourront être interrogés. Quel est notamment le rôle des femmes dans ces dynamiques scientifiques ? Quels types d’observations, d’instruments, de méthodes, ont été mis en œuvre dans les transferts et réappropriations de savoirs et d’objets dits naturalistes ? Quelle est la place des savoirs locaux et des agents de leur transmission dans ces processus ? Peut-on comparer les modalités d’engagement des collecteurs et des scientifiques d’une région à l’autre, à partir de pratiques de terrain multisituées ? Quel est le rôle des commanditaires (privés – publics) dans la sélection de ces savoirs ? Comment s’articulent-ils avec les savoirs expérimentaux ? En partant des objets eux-mêmes, ne peut-on considérer certains de ces « restes matériels » conservés dans les collections naturalistes comme symboliques ou représentatifs de relations sociales, politiques, etc. entre ces différentes catégories d’acteurs ? Jusqu’à quel point les sources écrites peuvent-elles servir de support pour reconstruire la biographie de ces objets, naturalisés après avoir changé de mains, de lieux, d’usage et de signification sociale, ainsi que les rapports sociaux dont ils ont participé ?

Les collections de musées pourront aussi être envisagées dans leur relation entre institutions : Muséums et jardins botaniques en Europe, relais dans les pays du sud / ex-colonies comme les centres IFAN (Institut français d’Afrique noire)…  La prise en compte de ces réseaux d’échanges permettra de s’interroger sur la multiplicité et l’imbrication des régimes de pratiques et de savoirs sur l’environnement tout en questionnant la diversité des motivations pour participer à une entreprise scientifique naturaliste, d’une époque et d’un contexte scientifique/socio-politique à l’autre.

2) « Une histoire environnementale est-elle possible à partir des collections naturalistes ? »

A partir du xve siècle, l’essor du commerce intercontinental a eu un impact encore peu étudié sur l’environnement (recherche de matières premières, diffusions de cultures, déplacements de groupes humains fuyant les razzias…). Si des historiens se sont déjà penchés sur les écrits des différentes catégories de voyageurs, en revanche, les collections matérielles qu’ils ont rapportées représentent des sources encore très peu explorées pour saisir des évolutions dans les couverts végétaux ou la distribution géographique des espèces, tant végétales qu’animales (disparition, apparition, mouvements…). Peut-on documenter des changements environnementaux en resituant les « restes matériels » que représentent ces collections dans leur milieu social et écologique, au moyen des écrits des acteurs de leur collecte ?

Signalons en outre qu’en histoire environnementale tout comme en histoire des sciences, la faune est peu étudiée si ce n’est comme objet d’enjeux sociaux, symboliques et politiques dans les colonies, notamment autour des pratiques de chasse et de la création de parcs et réserves. L’environnement des historiens est surtout végétal, paysager, agricole, mais peu animal. Ce sera donc l’occasion de s’interroger sur cette lacune historiographique, sans compter que dans les expositions du MNHN, par exemple, la faune est étonnamment mieux valorisée que le végétal jusqu’à présent.

 

Cet appel à communication s’adresse à un public de chercheurs en sciences sociales et naturelles, de muséologues et de responsables de collection. Des approches croisées permettront d’éclairer les contextes de mise en collection et en exposition des données scientifiques, de s’interroger sur les conditions sociales, politiques et économiques des collectes et de donner à voir comment les collections de Muséums peuvent être mobilisées dans une recherche historique.

Les propositions de communication (titre + résumé de 10 lignes) sont attendues pour le 30 avril. Une réponse vous sera donnée le 15 mai.

Contacts :

Vincent Leblan, UMR 208 PALOC (IRD-MNHN)

E-mail : vincent.leblan@free.fr

Dominique Juhé-Beaulaton, UMR 7206 Eco-anthropologie et Ethnobiologie (CNRS-MNHN)

E-mail : domi.beaulaton@orange.fr

Les rencontres auront lieu au Muséum d’histoire naturelle de Paris

La salle sera précisée ultérieurement

 

AppelCommunications_3

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