CFP: Écritures de la destruction en Pologne

Appel à contribution

Ecritures de la destruction dans le monde judéo-polonais de la fin de la Seconde guerre mondiale à la fin des années soixante :

productions, trajectoires, réseaux

Organisé autour du programme ANR centré sur l’étude multidisciplinaire de la collection de livres en yiddish « Dos Poylishe Yidntum », publiée par Mark Turkow à Buenos Aires entre 1946 et 1966, ce colloque voudrait réunir un ensemble de travaux consacrés aux écritures et aux écrits de la destruction dès la fin de la guerre en Europe, dans les diasporas juives et en Israël, par les survivants d’un monde juif polonais essentiellement yiddishophone.

Par écritures de la destruction, on entend ici à la fois des écritures sur la « Catastrophe » (khurbn), produites dans le temps même des événements ou par la suite (collectes de témoignages, écrits du souvenir), et des écritures sur « l’avant », faisant exister un espace géographique et des formes de vie sociale désormais disparus, que leur publication et leur diffusion dans les années d’après-guerre chargent d’un sens particulier, en écho avec la Catastrophe récente.

Leurs auteurs ont été formés dans le monde judéo-polonais – qui s’étend, du nord au sud, de la mer baltique à la Galicie et, d’est en ouest, des rives du Dniepr à la Posnanie – passé depuis le début du siècle de la culture communautaire et religieuse du shtetl à une culture sécularisée alors que le yiddish, langue populaire, se muait dans le même temps en un outil social, politique et intellectuel de communication avec les masses, d’affirmation identitaire et de création littéraire. Dans les centres du judaïsme polonais (Varsovie, Cracovie, Vilnius, Lvov) devenus centres de la vie intellectuelle, ont émergé des institutions, des groupes, des personnalités qui ont incarné une culture juive polonaise à dominante yiddishophone mais intrinsèquement multilingue.

L’objet de ce colloque est de questionner la manière dont les auteurs issus de ce monde et ayant survécu à la Catastrophe écrivent la destruction, réinvestissant des modes de figurer et de raconter propres à cet avant détruit (en yiddish surtout, mais aussi dans d’autres langues), dans la grande diversité d’écrits qui furent alors produits ou publiés (poèmes, romans, récits, journaux, mémoires, Yisker bikher, livres d’histoire, reportages, théâtre). On tentera donc de prendre en compte cette diversité, non seulement pour y voir une indétermination générique qui serait propre à ce monde mais surtout pour constituer ces gestes d’écriture, de collecte, de publication comme autant d’événements faisant partie de l’histoire du khurbn.

Il s’agira de s’interroger à la fois sur une judéité polonaise qui s’efforce de continuer à exister hors de son ancrage d’origine – par les réseaux de publication et de diffusion, mais aussi par le maintien de codes d’écriture qui soudent auteurs et lecteurs en une même communauté imaginée – et sur la manière dont ces écrits, questionnant nos frontières génériques, aident à penser autrement la notion, apparue après-coup, de témoignage. Comment ces entreprises (commissions, maisons d’édition, revues), ces institutions (sociétés d’originaires, associations philanthropiques juives), ces acteurs (écrivains, journalistes, artistes) se sont-ils inscrits dans les conjonctures fortement politisées – mais différemment selon les lieux, entre l’Europe du rideau de fer et les centres de la diaspora juive – de l’après-guerre ? Que signifient à la fois la non prise en compte de ces écrits et de leur histoire et leur redécouverte récente, dans l’historiographie de la Shoah ? De quelle manière ces premiers écrits de la Catastrophe nous conduisent-ils à repenser l’histoire des écritures de la Shoah ?

Dans le sillage d’une actualité historiographique (l’ouvrage de Samuel D. Kassow sur Oyneg Shabes) et littéraire (la redécouverte de l’œuvre de Leib Rochman par Rachel Ertel) récente, à la fois française et internationale, ce colloque voudrait participer, par une démarche à la croisée de l’histoire et de la littérature, à la réévaluation du corpus foisonnant des écrits essentiellement yiddish qui marquèrent les lendemains de la Seconde guerre mondiale. Par sa spécificité, née d’une conjoncture culturelle exceptionnelle produite par la rencontre entre des traditions d’écritures judéo-polonaise et les conditions extrêmes de la Catastrophe, ce corpus amène à repenser nos grilles de lecture habituelles et se révèle fondamental dans l’écriture de l’histoire de l’après-guerre.

Axes.

Les axes suivants n’ont pas vocation à quadriller un territoire de recherche, ce ne sont que des perspectives indicatives pour formuler des propositions qui lieront à leur manière l’écriture sur le monde d’hier et sur sa destruction.

A. Le monde d’hier

  1. Lieux de mémoires. Géographies d’un monde disparu
  2. Savoirs du passé. Folklore, historiographies
  3. Commémorer l’avant : lieux illustres, vies exemplaires

B. La catastrophe

1. Documenter, collecter

2. Dire, inscrire

3. Publier, diffuser

Institution organisatrice : EHESS (CRH)

Merci de faire parvenir vos propositions sous forme d’un résumé entre 500 et 1000 mots accompagné d’un bref cv à Judith Lindenberg ou Fleur Kuhn à l’adresse suivante writingthedestruction@gmail.com avant le 15 décembre 2013. Pour toutes questions, écrire à cette adresse.

Date : 11-13 juin 2014

Comité scientifique : Tal Bruttmann, Anny Dayan Rosenman, Rachel Ertel, Samuel D. Kassow, Judith Lyon-Caen, Yitskhok Niborski, Annette Wieviorka

Comité d’organisation : Judith Lindenberg, Fleur Kuhn, Constance Paris de Bollardière, Éléonore Biezunski, Simon Perego

 

 

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