Grant:Contrat doctoral mémoire du génocide rwandais

Appel à candidatures pour un projet de thèse financé en 2013 par la région Rhône-Alpes, dans le cadre de l’ARC 5 « Cultures, Sciences, Sociétés, Médiations. »

Ecole doctorale 483 (Sciences sociales), Université de Lyon

Université Jean Monnet St Etienne

Elaboration d’une mémoire collective chez les réfugiés du génocide rwandais et de ses suites (1994 – 1997) : du trauma à l’insertion en Rhône-Alpes

Sujet de thèse

L’objet de la thèse consistera en l’établissement, en tant que processus dynamique, de la mémoire collective des réfugiés ayant été confrontés au génocide de 1994 au Rwanda et/ou aux massacres qui ont suivi au Zaïre dans les camps limitrophes, puis ont été accueillis en Rhône-Alpes. Ce sont des réfugiés soit « Hutus », soit « Tutsis », Congolais (ex-Zaïrois) ou Rwandais. Il s’agira alors d’étudier la mémoire collective de ces événements et les conditions de son élaboration en contexte d’intégration en France. Le versant traumatique visera la mise en récit selon la diversité des points vue recueillis ; celui de l’insertion s’intéressera aux moyens matériels institutionnels et autres obtenus et mobilisés, mais aussi aux ressources relationnelles et subjectives qui ont permis de dépasser l’expérience traumatique.

Il ne s’agit pas seulement d’un recueil d’une mémoire traumatique, mais de l’accompagnement de son élaboration culturelle, en lien avec le Centre Culturel Œcuménique de Villeurbanne qui accueille depuis 50 ans de nombreux réfugiés et programmera une série de manifestations autour de la mémoire traumatique à partir de 2014/2015 ; et en lien avec le musée de Tervuren, en Belgique, qui a été l’un des pionniers en Europe à travailler sur la mémoire coloniale (rappelons que le Rwanda était une colonie belge).

Contexte.

La région Rhône-Alpes a accueilli un certain nombre de réfugiés qui ont fuit le Rwanda ou le Zaïre suite au génocide de 1994 et/ou suite aux massacres perpétrés dans les camps limitrophes au Zaïre (200 à 300.000 morts, selon Prunier, 2009 :148) où un million et demi environ de « Hutus », mais pas seulement, se sont réfugiés.

La saisie simultanée de ce qui s’élabore de mémoire collective de ces deux drames n’a guère été réalisée. Outre le génocide de 1994, il s’agira de tenir compte en particulier des massacres dans les camps de réfugiés du Zaïre car ils constituent la tache aveugle du drame du Rwanda, en ce que cette histoire est fort peu documentée, en dehors de dossiers établis par Human Rights Watch (1997a, 2000), R. Garreton (1997), Prunier (2009), massacres dont la reconnaissance au plan international est et a été occultée par le génocide et l’usage de son impact médiatique par certains intérêts politiques régionaux, tant au plan intérieur qu’extérieur.

Il s’agira de recueillir des témoignages indépendamment des appartenances ethniques. En effet, les individus ne peuvent être catégorisés en fonction de leur identité ethnique soit comme victimes soit comme bourreaux. Les ethnies d’Afrique centrale, dont les « Hutus » et « Tutsis », ont été construites par les colonisateurs au début du XXe siècle, considérant que les peuples étaient « fixés sur leurs territoires respectifs » (van Overbergh, 1913 : 183). Or, d’une part les frontières entre ces ethnies sont d’autant plus floues que les mariages mixtes existent depuis plusieurs générations, de l’autre que leur distribution excède le territoire rwandais : des « Tutsis » ont migré au sud Kivu (Congo) dès le XIXe siècle (appelés Banyamulenge), au nord en 1959 -1962 (les Banyarwanda), que des « Hutus » ont été importés au Congo vers 1918 pour exploiter les mines. Par ailleurs, si des « Hutus » ont été génocidaires en participant aux milices Interahamwé en 1994, des « Tutsi » semblent avoir participé à leur action (sous la contrainte ?) alors que des « Hutus » modérés ont été assimilés aux « Tutsis » et sont tombés victimes de la violence aveugle. A l’inverse, des « Tutsi » zaïrois, semble-t-il aidés par des « Hutus » locaux, ont été les acteurs principaux des opérations de nettoyages ethniques contre les réfugiés « Hutus » modérés dans les camps zaïrois limitrophes, modérés évalués à 85 à 90 % du total des réfugiés, un million et demi. Aussi l’établissement de la mémoire collective de ces faits de violence devrait conduire à reproblématiser ces catégories ethniques qui ont conduit à de tels désastres humanitaires, lesquels semblent se reproduire encore aujourd’hui dans la même région du nord Kivu.

Bibliographie indicative

Altounian J. (2005) L’intraduisible – Deuil, mémoire, transmission, Dunod , Paris

BAZENGUISSA GANGA R. (2012) Sociétés en guerre. Ethnographies des mobilisations violentes, Maison Des Sciences De L’homme

Buhrer M. (1996). Rwanda: mémoire du génocide. Unesco.

CROCQ L. (1999) Les traumas psychiques de guerre, Paris, Odile Jacob,.

Cyrunik (1999). Un merveilleux malheur. Paris : Odile Jacob.

FABIAN J. (2007) Memory against Culture. Duke Un. Press

Garreton Robert. (1997). Rapport sur la situation des droits de l’homme au Zaïre, document E/CN.4/1997/6/Add.2.  (Haut Commissaire aux droits de l’homme – mission du 25 mars – 29 mars 1997).

Goyvaerts D. (2000), Conflict and ethnicity in Central-Africa, Institute for the study of languages and cultures of Asia and Africa, Tokyo.

Hatzfeld.J. (2003) Une saison de machette. Point Gallimard, Paris.

Human Rights Watch (1997a) “What Kabila is Hiding : Civilian Killings and Impunity in Congo” www.hrw.org.

KEGLE C. (2007) Les récits de survivance Presses universitaires de Laval, Québec.

Malagardis.M et Sanner P.L. (1995). Rwanda, le jour d’ après. Récits et témoignages au lendemain du génocide.  Somogy.

PRUNIER G. (1995) The Rwanda Crisis: History of a Genocide, Londres.

(2009) Congo, the Rwandan Genocide and the Making of a Continental Catastrophe, Oxford University Press, Oxford.

SEMELIN, J., 2005 Purifier et détruire. Usages politiques des massacres et génocides, Le Seuil, Paris, 2005

Smith, D. N. “The psychocultural roots of genocide: Legitimacy and crisis in Rwanda” American Psychologist, Vol 53(7), Jul 1998, 743-753.

Tisseron S. (2008) : La résilience‘ : Puf, Paris.

TONKIN E. (1995) : Narrating our Pasts: The Social Construction of Oral History, Cambridge Un. Press.

Van OVERBERGH, C (1913) Les nègres d’Afrique : géographie humaine A. Dewit, Bruxelles.

VERSTRAETE G. (2012) « Des actions à la recherche de sens » in A. Battegay, M. Derycke, M.-T. Têtu, J. Roux Citoyennetés profanes en Europe, Le Manuscrit, Paris.

VLASSENROOT K. (2000) « The promise of ethnic conflict : militarization and enclave-formation in South Kivu” in D. Goyvaerts Conflict and ethnicity in Central-Africa, Institute for the study of languages and cultures of Asia and Africa, Tokyo.

Moyens mis en œuvre

Des missions seront programmées au musée de Tervuren, ainsi qu’au Centre d’études africaine de l’EHESS (Rémy Bazenguissa Ganga) afin que le doctorant soit en lien avec les sociologues/anthropologues africanistes spécialistes de la régions des grands lacs.

Mise en place d’un programme scientifique et culturel autour de la mémoire traumatique avec le Centre Culturel Oecuménique de Villeurbanne.

La thèse sera réalisé dans le cadre du site stéphanois du Centre Max Weber, UMR 5283 ( CNRS, ENS Lyon, Lyon 2, Université de St Etienne), sous la direction de Michel Rautenberg.

Antécédents des directeurs de thèse :

  • Michel Rautenberg, sociologue et anthropologue, directeur adjoint du Centre Max Weber, professeur à l’université Jean Monnet, a publié de nombreux livres et articles sur les questions patrimoniales et mémorielles ; il est président du conseil scientifique du GIS Institutions patrimoniales et pratiques interculturelles
  • Marc Derycke, anthropologue et linguiste, professeur émérite à l’UJM, connaît bien l’Afrique centrale, et est spécialiste des apprentissages langagiers des populations en situation de fragilité.

En outre, un comité de thèse sera constitué intégrant Rémi Bazenguissa-Ganga, professeur à l’université de Lille 1, spécialiste d’anthropologie politique de l’Afrique de la région des grands lacs, ainsi que Denis Poizat, md hdr en sciences de l’éducation/sciences politiques, université Lyon 2.

 

Contact Michel Rautenberg : Michel.Rautenberg@univ-st-etienne.fr

appel_a_projet_these_Rwanda-1

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