CFP:Journée d’étude : «Où se cache l’oubli dans la fabrication du patrimoine? »

Appel à communications / Journée d’étude

13 e 14 juin 2013, INHA, salle Julian

«Où se cache l’oubli dans la fabrication du patrimoine? »

En 1941, une proue a été  placée dans une salle de l’histoire de la ville de Fortaleza au Musée de Ceará au Brésil, à côté des chaînes des esclaves et des objets des abolitionnistes. A cette époque, l’objet était perçu comme témoignage du naufrage d’un navire d’esclaves, suite à une révolte de ces derniers près des côtes de Fortaleza. Les survivants ont été fusillés sur la place publique en 1839. Au début du XXème siècle, l’événement attaché à l’objet fut interprété comme une action des “sauvages” désespérés et violents. Après les années 1950, avec les changements de directeurs du musée, la mise en scène de cet objet a changé: il fallait écrire une histoire qui parlait d’une abolition sans violence et dont l’initiative revenait aux intellectuels. Pour cela, il fallait effacer la trajectoire historique de cette proue et, en 1972, elle était ainsi classée plutôt comme un objet d’ art décoratif, ou même comme élément du folklore. Depuis les années 2000, suite à des recherches à propos de l’histoire du musée et de sa collection, cet objet, qui a fait référence pendant longtemps aux abolitionnistes blancs, évoque davantage, par un nouveau point de vue, la lutte de la conquête pour l’abolition et la liberté souhaitée par les esclaves*.

A travers l’exemple de cette sculpture on peut remarquer que les éléments de discours autour d’un objet patrimonial diffèrent en fonction de stratégies des acteurs engagés. Certaines informations importantes sur l’objet peuvent être modifiées et ainsi être oubliées par les générations futures. Il s’agira lors de cette journée d’étude de questionner des objets, des monuments et traditions de notre patrimoine dont une partie de l’histoire à été mise sous silence ou bien d’étudier des objets qui ont eux-mêmes été volontairement ou involontairement cachés, détruits.

Il s’agira également d’étudier les parcours de différents acteurs qui ont contribué à proposer des solutions pour ces objets oubliés ou en devenir. On pourra également interroger les divers moyens qu’ils ont pu mobiliser. La photographie semble être un procédé qui a pu être utilisé dans ce sens. Celle des « Halles » d’Eugène Atget (1857-1927) semble être un bon exemple de la problématique de cette journée d’étude, car elle représente bien cette partie du « vieux Paris » qui a disparu du paysage urbain. Le projet photographique d’Atget consistait à « immortaliser » sur la pellicule tout ce qui, à Paris, était artistique, pittoresque ou en voie de disparition (les rues, les cours d’immeubles, les devantures de boutiques ou encore les petits métiers comme le « Joueur d’orgue » -1898). La disparition des Halles montre bien cette destruction du « tissu urbain »  qui efface du paysage contemporain un lieu si chargé d’histoire (le fameux « ventre de Paris » de Zola ou encore le « cœur de Paris » pour d’autres). La photographie d’Atget devient donc un document historique, le témoignage d’un espace physique et mémoriel disparu.

Dans cette idée, la question de l’oubli s’inscrit notamment dans une dialectique entre destruction et une volonté de sauvegarde d’un patrimoine.  Elle met en évidence un processus sélectif de patrimonialisation des objets, qui est avant tout le résultat de tensions liées soit à des moments de conflits, soit à des volontés politiques, mais aussi aux changements urbains, l’évolution de l’histoire du goût, voire des enjeux liés aux récits nationaux et qui a contribué à faire tomber certains d’entre eux en désuétude.

Dans cette idée, la question de l’oubli s’inscrit notamment dans une dialectique entre destruction et une volonté de sauvegarde qui fabrique un patrimoine.  Elle met en évidence un processus sélectif de patrimonialisation des objets, qui est avant tout le résultat de tensions liées soit à des moments de conflits, soit à des volontés politiques, mais aussi aux changements urbains, l’évolution de l’histoire du goût, voire des enjeux liés aux récits nationaux et qui a contribué à faire tomber certains d’entre eux en désuétude.

Nous vous invitons à nous envoyer des propositions de communication autour du lien entre l’oubli et le patrimoine. La notion de patrimoine, de part de l’histoire de son invention, en réaction du vandalisme révolutionnaire, est en constante tension entre conservation et destruction. Dans dette optique nous vous intéressons toutes les actions de patrimonialisations entre les XVIII et XXI siècles, aux patrimoines matériels et immatériels, aux échelles nationales et internationales.

Merci d’envoyer vos propositions de communication (300 / 500 mots, Times New roman 12) et un curriculum académique avant le 28 février à contacthipam@gmail.com . Date limite de réponses: 15 avril.

Reférences Bibliographiques:
AUGÉ, Marc. Les Formes de l’oubli. Paris, Éditions Payot et Rivages, 1998.
DOSSE, François. Entre histoire et mémoire: une histoire sociale de la mémoire, dans Raison Présente, Paris, septembre 1998, p. 5-24
*OLIVEIRA, Juntar separar mostrar: Memória e escrita no Museu do Ceará (1932 -1976). Fortaleza, Museu do Ceará, Secult, 2009.
HEINICH, Nathalie. La fabrique du patrimoine. De la cathédrale à la petite cuillère, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 2010.
POLLACchael. « Mémoire, oubli, silence » dans Une identité blessée : Études de la sociologie et de l’histoire, Paris : Métailié, 1993
POULOT, Dominique. Une histoire du patrimoine en Occident, XVIII et XXI, PUF, 2006.
TISSERON, Serge. «Antimemmoire» dans Confusions des Monuments Cahiers de Médiologie – Éditions Gallimard, Paris,1999.
TODOROV, Les abus de la mémoire. Paris, Arléa, 2004

Commission organisatrice:
Dominique Poulot (Professeur à Paris 1)
Andréa Delaplace (Doctorante à Paris 1)
Anne-Lise Auffret (Doctorante à Paris 1)
Carolina Ruoso (Doctorante à Paris 1)
Xavier-Pol Tilliette (Doctorant à Paris 1)

Comité scientifique:
Arnaud Bertinet (Labex CAP – INP)
Bénédicte Savoy (Technische Universität de Berlin)
Dominique Polout (Paris 1)
José María Lanzarote Guiral (Labex HASTEC – Centre A. Koyré (EHESS-CNRS))
Regina Abreu (UNIRIO)

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