Seminar:Le local dans la valorisation et mise en scène des patrimoines – Séance du 12 février 2013

Les unités « Patrimoines locaux»  (UMR 208 – MNHN/IRD) et « Eco-Anthropologie » vous invite à participer au séminaire de recherche

Le local dans la valorisation et mise en scène des patrimoines

IRD/MNHN/CNRS

Organisateurs : Marie-Christine Cormier-Salem (géographe, IRD), Dominique Juhé-Beaulaton (historienne, CNRS), Yves Girault (muséologue, MNHN),  Dominique Guillaud (géographe/géographie culturelle, IRD), Bernard Roussel (ethnobotaniste, MNHN)

Ce séminaire, après avoir exploré les processus de construction des patrimoines naturels dans les pays du Sud,  propose maintenant de mettre plus particulièrement l’accent sur les nouvelles formes de valorisation des patrimoines, tant naturels que culturels.

Le séminaire s’intéressera aux recompositions sociales, aux réorganisations spatiales et institutionnelles, aux problèmes de conservation de la diversité biologique et culturelle, de transmission des savoirs et savoir-faire locaux face à la valorisation et la mise en scène des patrimoines locaux dans des contextes écologiques, politiques, économiques et sociaux en mutation rapide ou sur la longue durée.

Les interventions s’attacheront à décrire et analyser le jeu des acteurs, leurs actions et leurs discours dans les processus de validation et de mise en scène des objets patrimoniaux qui se rapportent aux territoires, aux ressources, aux savoirs et aux savoir-faire. Les analyses interrogeront aussi les stratégies qu’ils recouvrent.

Une attention particulière sera accordée aux choix effectués par les communautés lorsqu’elles donnent à voir leur culture, leur histoire ou leur cadre de vie (notamment dans une perspective de  valorisation touristique). Les opérations de muséologie qui présentent souvent une interface plus institutionnelle ainsi que les instrumentalisations marchandes ou politiques du patrimoine – de la quête de l’identitaire à la construction nationale – seront aussi étudiées sous l’angle du local.

Les approches pluridisciplinaires, associant en particuliers les sciences humaines et sociales aux sciences de la nature, seront privilégiées et permettront par exemple de mieux saisir les enjeux identitaires dans le cadre d’échanges globalisés et dans des situations de conflits d’accès et d’usage.

Prochaine séance – Mardi 12 février 2013 au MNHN – 14H30 à 17H00

« Grand Amphithéâtre d’Entomologie»
45 rue Buffon – Paris 5ème – Métro Austerlitz

Intervention  – Marie-Aude FOUERE (IFRA, Kenya)

« Le patrimoine contesté de l’esclavage à Zanzibar»

 Résumé:

Situé en bout des différentes chaînes de la traite esclavagiste qui partaient des confins du Congo, du Buganda et de la région du lac Nyasa pour atteindre la côte de l’Océan Indien, l’archipel de Zanzibar a été un maillon central de la traite en Afrique de l’Est et le premier marché aux esclaves en partance vers la péninsule arabique, les îles de l’Océan Indien et l’Inde aux 18ème et 19ème siècles.
Pour soutenir son économie de plantation en plein essor lorsque les îles sont passées sous l’autorité directe d’Oman, la société zanzibarite a aussi renforcé ses pratiques d’esclavage interne, qu’il soit domestique ou agricole. En raison de ce rôle historique de premier plan dans la traite orientale et dans l’usage et l’incorporation d’esclaves, Zanzibar constitue un site d’une importance capitale pour étudier les phénomènes contemporains de résurgence mémorielle et de patrimonialisation de l’esclavage. Depuis plusieurs années, les autorités de Zanzibar s’attachent à identifier, répertorier, classer et protéger les sites de mémoire liés à la traite et à l’esclavage. On trouve parmi les sites répertoriés : les sites de la domination arabe (l’ancien palais du sultan de Zanzibar transformé en musée, le Beit-el-Ajab) ; les sites de la traite (le marché aux esclaves de Mkunazini, un site du Patrimoine Mondial de l’Unesco en plein cœur de la Ville de Pierre ; les entrepôts d’esclaves de Mangapwani) ; les sites du travail forcé (les plantations de Mgagadu et de Fufuni) ; les sites de la libération des esclaves (l’Eglise anglicane de Mkunazini, construite sur l’ancien marché aux esclaves).

Cependant, si ces sites constituent une ressource touristique indéniable et attirent de nombreux visiteurs étrangers et nationaux chaque année, ils ne sont pas nécessairement des lieux de mémoires pour les populations locales et peuvent être fortement contestés. Différentes raisons expliquent ce phénomène : les descendants d’esclaves ne constituent pas un groupe homogène, et sont donc différemment impliqués et mobilisés ; des groupes contestent ou minimisent la réalité historique de la traite et de l’esclavage dans certains des sites identifiés ; la sélection de sites de la domination arabe, qui semble jeter toute la responsabilité de la traite et de l’esclavage sur les populations d’origine arabe, clive la population zanzibarite ; le silence imposé sur les questions raciales et ethniques par les autorités nationales depuis la Révolution de 1964, en raison de leur branchement sur le passé esclavagiste des îles et leur potentiel déstabilisateur, a entraîné un détournement des sites officiels ou matériels au profit de lieux de mémoires immatériels, narratifs et performatifs. Le récent retour à Zanzibar des populations d’origine arabe, qui avaient fui les îles après 1964, intensifie aujourd’hui les crispations et les tensions autour des lieux de mémoire de l’esclavage, et explique la résurgence et la visibilité de récits et de pratiques longtemps restés clandestins, et les usages de ce mémoires à des fins symboliques et pratiques.

Cette conférence explorera les dynamiques de mémorialisation et de patrimonialisation à partir de deux cas d’études, l’ancien marché aux esclaves de Mkunazini et les entrepôts de Mangapwani, montrant comment les différents acteurs interprètent et s’approprient ces lieux de mémoire, revendiquent ou contestent leur construction comme patrimoine collectif, redéfinissent et recomposent les identités localement disponibles (descendants d’esclaves / d’esclavagistes), et quels enjeux locaux, nationaux, parfois internationaux, viennent peser sur ces positionnements mais sont aussi redéfinis par eux.

Renseignement – Contact : Ludivine Goisbault –  paloc@mnhn.fr –  Tél : 01.40.79.36.70

Muséum National d’Histoire Naturelle – UMR 208 «  Patrimoines Locaux » – MNHN/IRD –  Département Hommes, Natures, Sociétés –  57 rue Cuvier  – CP 26 – 75231 Paris cedex  05 – www.paloc.ird.fr

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